Vincent Cordebard : Regarder l’irregardable

À Chaumont, les Ateliers Tisza consacrent une rétrospective à Vincent Cordebard. Une œuvre subversive, hantée par la monstruosité du monde.

Des photographies récupérées au hasard des brocanteurs, des décharges publiques et des dons. Portraits et photos de famille. Qui devant un perron, qui dans un jardin, à la ville ou à la campagne, au bord d’un lac. Photos de mariage aussi, de mouflets, de défunts aux yeux clos, des natures mortes, des motifs floraux énigmatiques. Des images originales, le plus souvent en noir et blanc, qui vont dérouiller. Parce que rien ne plaît tant à Vincent Cordebard (né en 1947) que de détourner ces images, d’exacerber leur intention.

Et de jongler avec les collages, les griffures, les traits entrelacés évoquant des barbelés, scarifications et macules, les travaux de surcharge, d’abuser des avantages du numérique, de plaquer sur le motif une silhouette filiforme moqueuse, pervers pépère, d’inonder ces images en recopiant par-dessus des extraits d’ouvrages puisés dans la bibliothèque de l’artiste (Deschizeaux, Césaire, Chaissac, Beckett, Cioran, Butor, Artaud…), jusqu’à presque effacer le motif. Reste peu d’espace pour respirer. « Les mots massacrent », éructe un commentaire sur une photo. Allons-y gaiement. Quoique gaiement n’est peut-être pas le bon mot pour celui qui précisément aime en jouer, désespérément.

Cap au pire alors ! Les controverses anatomiques se veulent une série de crânes, vus de profil, sur lesquels l’artiste plaque des bribes de phrases ; L’Hypothèse de la guerre déploie ses masses de cadavres, saisis en gros plans, aux visages griffonnés, salis, rapportant combien « les êtres ont battu, frappé, cogné, usé, limé, sacqué, broyé, coupé, brisé tout ce qu’ils ont pu » ; dans Le Dénombrement des corps, Vincent Cordebard a tracé sur des images de la Shoah (des captures d’écran) des milliers de petits bâtons qui disent l’horreur.

À l’occasion, une légende noircit la largeur du cadre. Elle enfonce la tonalité. « Sous réserve d’inventaire » ; « Les rendez-vous manqués » ; « Penser, c’est entrer en faillite » ; « Moi, Artaud, ma mère et Photoshop »… Parce que même l’image maternelle n’est pas épargnée. En subversif incorrigible, Cordebard raille, plastronne, hasarde, ment, palimpseste, spécule, altère, décompose.

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