D’une volte-face médiatique

La presse de droite, tout soudain, trouve des vertus curatives aux mêmes manifestations qu’elle voue ordinairement aux gémonies…

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En l’espace de quelques jours, Le Figaro du groupe Dassault a beaucoup changé.

Depuis de très longues années, cette publication s’illustre, dans son traitement des « mouvements sociaux » (comme on dit dans la presse comme il faut), par la virulence de ses dénonciations des grèves (régulièrement présentées, au mépris de toute décence, comme des prises d’« otages ») et par la véhémence débridée de ses haros sur les « bloqueurs » (cheminot·e·s, étudiant·e·s et autres, qui empêchent-les-braves-gens-qui-se-lèvent-tôt-d’aller-étudier-ou-travailler) et les « casseurs » – que fait la police ?

Dans une catégorie voisine, Le Figaro excelle aussi habituellement dans la fustigation de l’« assistanat ». Son propriétaire, oubliant opportunément – et d’autant plus facilement que personne, au sein d’une rédaction biberonnée aux subsides gouvernementaux, n’aurait commis l’impardonnable crime de lèse-boss de le lui rappeler – que lui-même était littéralement gavé, en tant qu’avionneur et patron de presse, de dizaines de milliards d’euros de subventions étatiques, avait même pris le pli, une fois l’an, d’exiger, dans des adresses hallucinées à son lectorat, qu’on « coupe toutes les aides » sociales.

Puis les « gilets jaunes » sont arrivés : ils exigent lorsqu’ils protestent contre la hausse annoncée du prix du gasoil que l’État les en dispense – et que les pouvoirs publics les aident, par conséquent, à faire face à l’augmentation de leurs dépenses contraintes. Et ils menacent, pour se faire entendre, de paralyser le pays.

Leurs revendications – et leur mobilisation, dans sa forme – sont donc les mêmes, peu ou prou, que celles qui, d’ordinaire, encolèrent Le Figaro – lequel, pourtant, depuis le début de leur mouvement, et au rebours donc de sa longue tradition (mais à l’unisson d’autres périodiques réactionnaires), les encense.

Il est vrai que ces manifestant·e·s – pour autant que l’on en puisse juger sur la foi des images qui nous arrivent de leurs barrages – sont, dans leur très grande majorité, blanc·he·s. Et, pour certain·e·s, d’une décomplexion assumée qui leur fait proférer publiquement de sinistres vilenies. (Florilège relevé au fil de plusieurs vidéos diffusées sur les réseaux sociaux : « Enculé ! » « Fils de pute ! » « Pédé ! » « Les histoires de Noirs, on ne veut plus entendre parler de ça ! » « Rentre chez toi ! » « Vous êtes en France, d’accord ? »)

Et, certes, il serait sans doute hardi (comme il serait problématique de faire comme s’ils n’existaient pas) de complètement réduire cette « révolte » collective à ces happenings répugnants. Mais il est quand même très difficile de ne pas se demander si ce ne sont pas précisément ces caractéristiques particulières qui, dans le prolongement des appels irresponsables à défendre « la France périphérique » contre « les tabous » de la « bien-pensance » progressiste qu’elle publie depuis des années, font que la presse de droite, tout soudain, trouve des vertus curatives aux mêmes manifestations qu’elle voue ordinairement aux gémonies…


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