Fabien Roussel, camarade stratège

Le député du Nord est « disponible » pour succéder à Pierre Laurent. S’il est perçu comme sympathique et sérieux par les uns, sa candidature suscite des inquiétudes parmi les cadres du parti.

Il a un trou au lobe de l’oreille gauche. Souvenir d’un anneau qu’il a sans doute porté un temps. « J’en ai même deux », explique Fabien Roussel, 49 ans. « Pour y mettre les deux étoiles de l’équipe de France de football », plaisante-t-il. Presque imperceptibles, ils tranchent cependant avec la chemise et la veste de costume qu’arbore désormais en toute occasion le député PCF de la 20e circonscription du Nord. Pas forcément de quoi le gêner dans les nouvelles fonctions qu’il pourrait occuper au lendemain du 38e congrès du Parti communiste, qui se tiendra ce week-end à Ivry-sur-Seine.

Depuis l’été, son nom est sur toutes les lèvres : sera-t-il le prochain secrétaire national du PCF, le successeur de Pierre Laurent ? Un texte alternatif en prévision du congrès, le « Manifeste pour un parti communiste du XXIe siècle », porté par Fabien Roussel avec André Chassaigne ou encore Frédéric Boccara, l’a en effet emporté sur la proposition de « base commune » présentée par le conseil national, à 42 % contre 37,8 %, le 6 octobre. Un camouflet pour l’actuel secrétaire national, qui n’a eu d’autre choix que d’accepter la décision des 30 000 militants communistes, en notant toutefois que « les résultats [étaient] très partagés ». Et de préparer les discussions du congrès sur la base de ce texte.

« Les communistes ont exprimé un besoin de renouvellement », analyse Fabien Roussel, qui, au lendemain du vote, s’est dit « disponible » dans les colonnes de plusieurs médias pour remplacer Pierre Laurent. Une position qu’il a dû renouveler par la suite, à la demande du secrétaire national, le 13 octobre, lors du conseil national du parti. « Je n’avais pas prévu de m’exprimer sur le sujet à ce moment-là », raconte Fabien Roussel. Mis face à ses responsabilités pour l’occasion, il est désormais en campagne, affirmant au sujet de Pierre Laurent : « Nous nous sommes vus et allons encore échanger. Car j’aspire à sortir de la confrontation. »

Si les communistes ont la culture de la discussion, de l’engueulade même, puis de la réconciliation, le parti est en proie à une guerre des chefs dans laquelle l’élu du Nord s’est engagé. « Je n’envisage pas d’autre scénario qu’une seule liste, qui doit incarner ce renouveau, avec un nouveau secrétaire national », explique-t-il à L’Humanité dans une interview le 14 novembre. Et la commission des candidatures du PCF lui a donné une nouvelle fois raison, en décidant, le 6 novembre, à 26 voix contre 24 et une abstention, de refuser à Pierre Laurent le droit de porter ladite liste. Seul. Car l’actuel secrétaire national envisage une direction bicéphale : « L’un de nous deux sera secrétaire national et l’autre pourra occuper une fonction de premier plan à ses côtés », imagine-t-il dans une interview, à L’Huma toujours, le 19 novembre. Voilà pour la Place du Colonel-Fabien.

Dans les couloirs du Palais-Bourbon, l’attitude un brin conquérante du président de la puissante fédération PCF du Nord n’est pas perçue comme telle. Dans le groupe Gauche démocrate et républicaine, il fait figure de joyeux drille. « Avec Dédé [André Chassaigne] et Elsa [Faucillon], on se marre bien. On s’entend bien, parce que ce que nous faisons est difficile », indique-t-il. Et même au-delà des bancs où siègent les élus communistes, Fabien Roussel est apprécié. « Il a beaucoup d’humour, il est sympathique et sérieux », confirme Christine Pires-Beaune, députée socialiste du Puy-de-Dôme. « Sa vision de l’entreprise n’est pas la mienne », euphémise-t-elle toutefois.

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