Gilets jaunes : choses vues dans le Loiret

Dans ce département du Centre-Val de Loire, les manifestants étaient souvent des néophytes de la revendication politique. La colère ne portait pas que sur les taxes des carburants.

Claude-Marie Vadrot  • 18 novembre 2018
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Gilets jaunes : choses vues dans le Loiret
© photo : ESTELLE RUIZ / NURPHOTO

Premières impressions après une tournée en deux-roues, à travers le département du Loiret, pour éviter les barrages : ces derniers sont plutôt nombreux, mais les rangs des gilets jaunes qui les tiennent sont plutôt clairsemés et se réchauffent en brûlant des palettes de bois ou en entonnant régulièrement des « Marseillaise » qui manquent de musicalité. Quant aux banderoles qui les surmontent, elles dépassent la simple question du diesel ou de l’essence, et réclament fréquemment la démission d’Emmanuel Macron.

La plupart se tiennent sans la présence de forces de l’ordre. Seuls quelques policiers municipaux commencent à se montrer en milieu d’après-midi. Les jeunes sont relativement peu nombreux, l’âge des participants s’étalant surtout entre 40 et 60 ans avec, sur à peu près la moitié des barrages, une forte représentation des retraités, si on prend en compte les pancartes brandies et les explications des personnes présentes. Autre indice de la crainte des blocages, la plupart des marchés en plein air du samedi ont été désertés par un tiers à la moitié des commerçants itinérants.

2 450 manifestants comptabilisés

D’après les décomptes de nos confrères des locales de Radio France, on comptait 23 barrages sur l’ensemble du département, rassemblant 2 450 personnes à la mi-journée, les plus fortes participations ayant été constatées à Saran, à Amilly (près de Montargis), à Saint-Jean-de-Braye dans la banlieue d’Orléans et à Pithiviers. Pour cette dernière (ville d’une dizaine de milliers d’habitants), qui paraît avoir battu les records d’efficacité des barrages bloquant le centre, il faut rappeler qu’elle est située au cœur de la Beauce, ne possède plus de liaison ferroviaire avec Orléans et Paris, et qu’il faut parcourir une quinzaine de kilomètres en voiture pour atteindre Malesherbes et y trouver le terminus du RER D, qui met une heure et demie pour atteindre Paris.

Sur les barrages visités, les altercations avec les automobilistes sont fréquentes et agressives, sans policiers pour arbitrer les désaccords qui surgissent entre gilets jaunes et automobilistes désireux de poursuivre leur route, notamment quand ils souhaitent gagner le parking d’un supermarché. Les discussions sont ponctuées de « secouages » de voitures, de coups de bâton sur les carrosseries et de rugissements de moteur menaçants de la part des conducteurs bloqués. Avec, presque toujours, des affrontements verbaux véhéments entre les gilets jaunes intransigeants et ceux partisans d’ouvrir quelques minutes un barrage pour faire baisser les tensions.

Une première fois

Les manifestants que nous avons interrogés sont nombreux à expliquer qu’ils manifestent pour la première fois de leur vie, ajoutant souvent qu’ils ne votent plus depuis des années ; et quand il leur est demandé s’ils se sont manifestés lors de la loi travail ou pour un maintien ou un renforcement du nombre de trains passant dans leur ville ou à proximité, ils répondent fréquemment par la négative. Quand ils n’affirment pas tout de go que ce n’était pas leur problème, en égrenant leurs griefs à propos des restrictions ou « entraves » à la circulation (80 km/h sur les routes, radars trop nombreux , prix des assurances, contrôles techniques…). Un dialogue de sourds, parfois avec les maires venus sentir l’humeur de leurs concitoyens, et expliquant qu’ils ne pouvaient rien faire.

À la tombée de la nuit, alors que la température se rapproche déjà de zéro, la moitié des barrages sont déjà levés dans le Loiret et ceux qui résistent sont plus clairsemés. Bien peu peuvent dire s’ils reviendront dimanche ou plus tard, malgré les encouragements d’élus venus discrètement, sans faire état de leur couleur politique, et la présence assez forte des membres du Rassemblement national.

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