Jihadisme : que vont devenir les « revenants » ?

Trois ans après les attentats de 2015, la recherche sur le phénomène jihadiste foisonne, comme en ont témoigné des états généraux psy sur la radicalisation organisés à Paris.

L’un a dit : « Ma vie ne vaut rien mais on parlera de ma mort sur BFM. » Un autre : « J’ai eu un flash en regardant des vidéos de décapitation. » Un troisième : « Je suis déjà mort à l’intérieur. » Sabine Riss, psychologue clinicienne, les appelle « les demandeurs de mort », et aussi « les chevaliers de l’Apocalypse ». Elle dit des jihadistes rencontrés en prison que ce sont « des automates réglés sur le disque de Daech », et aussi qu’ils se sont « cassé la tête avec des vidéos de Daech ». S’il n’y a pas de consensus sur le terme « radicalisation », ni sur le terme de « désengagement » qui aurait remplacé celui, très décrié, de « déradicalisation », certains points semblaient faire l’unanimité aux états généraux psy sur la radicalisation organisés par le Centre d’étude des radicalisations et de leurs traitements (Cert) et l’université Paris-VII Diderot, du 7 au 10 novembre à Paris. Tout d’abord, il n’y aurait pas de profil type du jihadiste, mais des profils en fonction des individus. Ensuite, il est temps, s’agissant de ceux qui ont rejoint les rangs de Daech, de dépasser le débat « islamisation de la radicalité/radicalisation de l’islamisme » opposant les chercheurs Olivier Roy (1) et Gilles Kepel (2). Ces analyses datent des lendemains des attentats de 2015, les 7 et 10 janvier contre Charlie hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes, et le 13 novembre au Bataclan, au Stade de France et dans plusieurs cafés-restaurants de Paris.

Depuis 2012, de jeunes Français sont partis plus nombreux rejoindre la zone de guerre irako-syrienne, faisant apparaître des filières et des phénomènes de groupe, comme à Lunel, à Strasbourg ou à Nice. Aujourd’hui, la France est le deuxième pays au monde après la Tunisie en nombre de « radicalisés ». « Ce terme isole la radicalisation islamiste comme un phénomène hors sol, comme s’il relevait de l’exceptionnalité, distinct des autres formes de terrorisme et d’autres époques, commente Sabine Choquet, anthropologue et secrétaire générale du Cert. Au Canada, aux États-Unis, on parle de “terrorisme”, qui suppose le passage à l’acte violent. Or il y a beaucoup de gens radicalisés qui ne passent pas à l’acte violent… »

Étant entendu que ceux dont il était question à ces états généraux sont justement ceux qui passent à l’acte, ou l’envisagent. Essentiellement, donc, les jihadistes – et non les groupes d’extrême droite, par exemple, qui pourraient parfois entrer dans cette catégorie. En trois ans, les recherches se sont multipliées sur les jihadistes. Avant 2015, on comptait notamment les travaux du sociologue Farhad Khosrokhavar, du psychanalyste Fethi Benslama, directeur du Cert, de l’anthropologue Dounia Bouzar (3), du psychanalyste Patrick Amoyel et donc des politologues Olivier Roy et Gilles Kepel confrontant des vues, des approches et même des « publics » différents. Depuis, ils sont plus de 300 en France à étudier le « jihadisme ». Et ils étaient 90 à ces états généraux pour établir un état des lieux des connaissances « psy » mises en rapport avec d’autres disciplines : sociologie(s) et acteurs de la justice.

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