Néonazis grecs, le procès du siècle

Depuis quatre ans, toute la direction du parti Aube dorée est jugée pour ses crimes, tout en continuant de siéger au Parlement.

Le 12 octobre dernier, reprenaient à Athènes les audiences d’un procès hors norme pour le pays. Soixante-neuf accusés, dont la totalité du groupe parlementaire de la troisième force politique grecque élue en 2013, 147 témoins pour l’accusation, 230 pour la défense, un dossier d’instruction contenant des pièces à conviction pesant plus de 1,5 téraoctet, plus de 100 avocats de la défense, une quinzaine pour la partie civile, et déjà 290 audiences. Les chiffres sont là : le procès contre le parti néonazi grec Aube dorée, qui entre dans sa quatrième année, est bien le plus important de l’histoire grecque de l’après-guerre. Bien plus important, même, que le procès des colonels en 1974, selon l’activiste et cofondateur du site d’informations alternatif Omnia TV, Loukas Stamellos, car « c’est la première fois que l’extrême droite est jugée en Grèce et, surtout, c’est le seul procès qui examine en profondeur les relations entre le pouvoir, les institutions et l’extrême droite ».

Pourtant, le parti extrémiste participe toujours à la vie politique et poursuit ses activités comme si de rien n’était. Au moment où le procès reprenait après la pause estivale, son fondateur, Nikos Michaloliakos, l’un des principaux accusés, qui aime se faire appeler « Führer », donnait sa conférence de presse de rentrée à la Foire de Thessalonique, comme tous les leaders politiques le font chaque année. Aube dorée poursuit ses actions d’intimidation dans les rues, multiplie les manifestations et profite de l’affaire macédonienne pour convoiter les électeurs opposés à l’accord signé (1). Son dernier fait d’armes : un raid motorisé dans les rues d’Athènes à grand renfort de drapeaux et de tracts jetés à tout-va, avant d’arriver devant le Parlement et d’invectiver bruyamment les députés : « Traîtres ! Vendus ! La Macédoine est une et elle est grecque ! »

Les sondages donnent toujours cette force politique au troisième rang, avec 6 à 8 % d’intentions de vote. Cependant, les bureaux du parti ferment les uns après les autres dans tout le pays et les cérémonies fascistes, qui, il y a deux ans encore, rassemblaient des milliers de personnes, n’en attirent désormais que quelques centaines. Le parti Aube dorée serait-il affecté par ce procès-fleuve ? Pour Dimitris Psaras, journaliste et témoin à charge capital, qui suit cette nébuleuse depuis des décennies, il n’y a aucun doute possible : « Leur ascension a été freinée d’un coup, leur influence dans les écoles a disparu et, surtout, trois députés ont quitté Aube dorée, ce qui fait que leur groupe parlementaire est passé du troisième au quatrième rang. Cela ne serait jamais arrivé, en tout cas pas aussi vite, sans ce procès. »

Le procès a mis la barre très haut. Il vise à démontrer qu’Aube dorée est un parti nazi, sans équivoque possible, mais aussi que c’est une organisation criminelle à structure pyramidale et militaire, où les ordres partent d’en haut pour être exécutés par la base. Pour ce faire, en plus de l’accusation principale d’« appartenance à une organisation criminelle », le procès s’articule autour de trois affaires : l’agression à la batte de base-ball de membres du syndicat communiste en septembre 2013 ; la tentative de meurtre en juin 2012, en pleine nuit, à leur domicile, de quatre pêcheurs égyptiens, dont l’un est resté à jamais handicapé ; et le meurtre du rappeur Pavlos Fyssas, plus connu sous le nom de Killah P et militant antifasciste, en septembre 2013.

Pour Dimitris Psaras, auteur de La Bible noire d’Aube dorée, la nature nazie du parti est prouvée par un document qu’il a lui-même exhumé : les premiers statuts du parti. « Les véritables statuts, martèle le journaliste. Ceux qui incluent la notion du Führer et que la défense a tenté par tous les moyens d’écarter. » Quant à la démonstration de la nature criminelle de l’organisation, il estime que c’est là aussi chose faite : « On a vu dans les mois précédents des vidéos et des documents qui prouvent sans aucune équivoque l’action criminelle de cette organisation et la responsabilité de sa direction dans toutes les actions entreprises. »

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