Dossier : Raphaël Glucksmann : « Il faut rétablir l’antagonisme en politique »

Raphaël Glucksmann cherche sa gauche

Déçu des partis traditionnels, sensible aux éclats du monde, le fondateur de Place publique veut croire à l’union des forces.

Lui président ? « J’ai la barbe, donc je ne me rase pas tous les jours », plaisante-t-il. À 39 ans, le fils du philosophe André Glucksmann lance, avec l’économiste Thomas Porcher et la militante écologiste Claire Nouvian, Place publique, un objet politique à mi-chemin entre le parti et le think tank. Plus qu’une ambition électorale, le « mouvement », aura pour mission de pousser la gauche à la réflexion, à faire son autocritique et à renouveler son répertoire d’idées. « Je n’ai pas spécialement envie d’être candidat aux élections européennes ou à la présidentielle, promet-il. Je vous le signe. » La parole est donc donnée ce lundi d’octobre pluvieux, dans les bureaux des éditions Allary, à Paris. C’est cette maison, fondée en 2014, qui a édité les trois derniers livres de l’essayiste : Génération gueule de bois (2015), Notre France (2016) et Les Enfants du vide (cette année).

Ce dernier ouvrage prend, circonstances obligent, une valeur programmatique (lire l’entretien ici). Raphaël Glucksmann y dénonce l’échec de la gauche, vidée de ses idées, brisée par sa chute dans le social-libéralisme. La gauche, il la connaît bien : il y est né. Enfant unique du philosophe soixante-huitard maoïste mâtiné de sarkozysme – « une connerie », d’après le fils –, Raphaël Glucksmann a grandi dans le Xe arrondissement de Paris, dans un appartement cossu aux pièces en enfilade où sont accueillis, des années durant, tout ce que la gauche compte de résistants, de militants, de représentants internationaux. Vaclav Havel, dissidents de l’Est, Bosniaques, Tchétchènes… « J’avais le monde à ma table », résume-t-il dans La Croix. Un laboratoire d’idées et de luttes dont Raphaël Glucksmann s’inspirera, quitte à démultiplier – parfois dans des directions contraires – les causes qu’il défendra.

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C’est au lycée public Lamartine que le jeune homme connaît ses premières manifestations. En 1995, alors que la France s’oppose à la réforme des retraites portée par Alain Juppé, le lycéen cherche une raison de bloquer l’établissement. « Nous étions la “génération sida”, nous avons donc entamé un mouvement pour obtenir un distributeur de préservatifs dans le lycée », raconte, non sans humour, l’intéressé. Noble cause, mais l’opération rate son coup : le directeur accepte et promet l’installation dudit distributeur ! Qu’à cela ne tienne. « On a bloqué quand même, en soutien aux grévistes contre les retraites », sourit-il.

Cette première opposition n’augure en rien des suivantes. Au quotidien Le Monde, l’essayiste confiait en 2014 : « Ça ne m’a jamais fait vibrer de manifester pour les retraites. » C’est le monde qui l’attire. L’Algérie, d’abord, où il passe sept mois au quotidien Le Soir d’Algérie, à sa sortie de Sciences Po-Paris (« J’ai été frappé par le manque de passion politique, on y apprend seulement à être de bons gestionnaires », dit-il à propos de cette école), le Rwanda ensuite. En 2003, il réalise avec David Hazan et Pierre Mezerette Tuez-les tous !, documentaire sur le génocide. Un pavé dans la mare qui lui vaudra, dit-on, d’être qualifié de « petit con » par Dominique de Villepin. Un honneur. « Dans le monde politique, c’était un sujet tabou : ce génocide a eu lieu sous Mitterrand sous un gouvernement de droite », rappelle-t-il.

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