« Les jeunes agenouillés ont été inscrits au rang des humiliés de l’histoire »

L’arrestation de 154 jeunes à Mantes-la-Jolie le 6 décembre est d’une symbolique dévastatrice. Témoignage d’une enseignante confinée dans le lycée Saint-Exupéry, à quelques mètres de l’opération choc.

Écoutés pas matés ! C’est le cri des lycéens choqués par la répression qui s’est abattue sur le mouvement contre la réforme du bac et Parcoursup, démarré début décembre. Notamment l’arrestation violente de 154 jeunes à Mantes-la-Jolie (Yvelines), contraints de se mettre à genoux les mains sur la tête, certains menottés, et filmés par un policier grinçant : « Voilà une classe sage… » La vidéo a circulé à la vitesse d’une arme de propagande sur les réseaux sociaux. À cette vidéo évoquant l’imagerie coloniale, des manifestants des gilets jaunes et de la marche pour le climat ont riposté le 8 décembre en s’agenouillant les mains sur la tête. Réparateur ? Sur les jeunes de banlieue, qui se sentent victimes de relégation, la « classe sage » a déjà un effet plus dévastateur encore que le « nettoyage des banlieues au Kärcher » de Sarkozy. Mais elle frappe bien au-delà : lycéens qui refusent un tel traitement par la police, professeurs, parents d’élèves de la FCPE ou du Front de mères, Défenseur des droits… Reste à savoir si à cette violence les lycéens pourront répondre autrement que par un surcroît de colère. Témoignage de Nathalie Coste, professeur d’histoire au lycée Saint-Exupéry de Mantes, pour qui l’impact de cette scène peut faire exploser le travail et la confiance à l’œuvre dans les établissements des quartiers populaires.

Verbatim

« Je suis née à Mantes, j’ai grandi au Val-Fourré, et j’enseigne depuis vingt-cinq ans dans ce quartier populaire. Le 6 décembre, nous étions confinés au lycée. Nous n’avons donc pas été témoins directs de l’arrestation des 154. Nous ne l’avons découverte qu’un peu plus tard, effarés. Certains jeunes sont restés à genoux dans la boue et le froid près de trois heures ! Le temps que des fourgons les emmènent dans des commissariats du département. Les jeunes arrêtés ne pouvaient pas se lever. Ni aller aux toilettes. Certains pleuraient. Il n’y avait pas 154 casseurs, juste une poignée d’hyper violents.

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