Prud’hommes : Traitement de choc contre les ordonnances Macron

Le conseil des prud’hommes de Troyes a jugé que le barème limitant les indemnités pour licenciement abusif n’était pas conforme au droit international.

Politis  • 19 décembre 2018
Partager :
Prud’hommes : Traitement de choc contre les ordonnances Macron
© GERARD JULIEN / AFP

Le conseil des prud’hommes de Troyes a jugé le 13 décembre que le barème limitant les indemnités pour licenciement abusif n’était pas conforme aux règles du droit international. Dans cinq décisions, il a notamment estimé que « ces barèmes sécurisent davantage les fautifs que les victimes et sont donc inéquitables ».

Le tribunal, composé de représentants des salariés et du patronat, a notamment à l’esprit la Charte sociale européenne émanant du Conseil de l’Europe et la convention 158 de l’Organisation internationale du travail, qui stipulent que les tribunaux doivent pouvoir prononcer une « indemnité adéquate » et une « réparation appropriée » en cas de licenciement abusif. Il avait été saisi par un couple mis à la porte de l’entreprise qu’il avait fondée puis revendue en contrepartie de son maintien en poste jusqu’à la retraite. Avec une faible ancienneté comme salariés, les deux anciens cofondateurs, licenciés sans motif valable, n’auraient eu droit qu’à des indemnités faibles au regard du barème instauré par les ordonnances Macron l’an passé, ce qui a convaincu les juges de prononcer des dommages hors barème.

Ce jugement à forte portée symbolique pourra faire l’objet d’un appel qui porterait l’affaire devant des juges professionnels, et le barème, déjà validé en décembre 2017 par le Conseil d’État, devra attendre une éventuelle décision de la Cour de cassation (susceptible de prendre plusieurs années) pour être confirmé ou non dans la jurisprudence. L’analyse de nombreux juristes, qui estiment ces barèmes illégaux, s’en trouve néanmoins validée par une cour, ce qui constitue un sérieux revers pour Emmanuel Macron. « Une première brèche » dans une « mesure inique et dangereuse », estime le Syndicat des avocats de France.

Travail
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Shein, Temu, ou l’invasion quoi qu’il en coûte du marché français
Analyse 3 février 2026 abonné·es

Shein, Temu, ou l’invasion quoi qu’il en coûte du marché français

Les géants de l’e-commerce chinois connaissent une croissance exorbitante en Europe et notamment dans l’Hexagone ces dernières années. Cela crée de nouvelles filières où rapidité et exploitation sont les maîtres mots.
Par Pierre Jequier-Zalc
« Mon pied est foutu » : un sans-papiers, victime d’un accident de travail chez Clear Express, témoigne
Témoignage 2 février 2026

« Mon pied est foutu » : un sans-papiers, victime d’un accident de travail chez Clear Express, témoigne

En 2024, Dieydi B.,  intérimaire pour Clear Express, se fait violemment percuter à la jambe par un chariot de manutention. Près de deux ans plus tard, il n’a toujours pas retrouvé l’usage normal de son pied. L’entreprise est poursuivie pour blessure involontaire ayant entraîné une incapacité totale de travail de plus de trois mois.
Par Pierre Jequier-Zalc
Travail dissimulé, conditions « indignes » : les coulisses du e-commerce chinois
Révélations 2 février 2026 abonné·es

Travail dissimulé, conditions « indignes » : les coulisses du e-commerce chinois

Selon les informations de Politis, Clear Express, une entreprise de logistique chinoise établie près de l’aéroport Paris-Charles-de-Gaulle, est poursuivie pour prêt de main-d’œuvre illicite, marchandage, conditions de travail « indignes » et emploi d’étrangers sans titre.
Par Pierre Jequier-Zalc
De Nairobi à Brest, un ostréiculteur hors norme
Portrait 23 janvier 2026 abonné·es

De Nairobi à Brest, un ostréiculteur hors norme

Dans le Finistère, Walid Chelongat, ostréiculteur kényan de 28 ans, travaille chaque jour dans les parcs à huîtres. Passionné par son métier, il est désormais un ouvrier essentiel dans l’un des viviers les plus prestigieux de France : à Prat-Ar-Coum, la Romanée-Conti des huîtres.
Par Paul Boyer