Une marche pour le climat teintée de jaune

Des milliers de personnes, dont quelques gilets jaunes, ont manifesté pacifiquement pour le climat le 8 décembre. Écologie et justice sociale convergent doucement mais sûrement.

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Les slogans habituels résonnent encore ce samedi 8 décembre dans les rues de Paris : « On est plus chaud que le climat ! » ou « Des petits pas, des petits pas, toujours des petits pas » sur un air bien connu de Serge Gainsbourg. Mais pour cette troisième marche pour le climat depuis le mois de septembre, ils côtoient ceux associant les gilets jaunes et la justice sociale : « Gilets jaunes, gilets verts, on n’est pas des adversaires ! » ou « Gilets jaunes, gilets verts, on ne va pas se laisser faire ». Pas la même couleur, mais la même urgence.

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Des gilets fluo, servant parfois d’étendards, sont disséminés tout au long du cortège parisien. De la place de la Nation jusqu’à la place de la République, ils étaient 25 000 personnes selon les organisateurs, et 17 000 selon la police, à défiler joyeusement pour alerter, encore et toujours, sur l’urgence climatique, même si Anne Hidalgo, Christophe Castaner et même Nicolas Hulot ont remis en cause l'opportunité de la marche pour des raisons d'ordre public dans le contexte du mouvement des gilets jaunes. Des marches semblables ont eu lieu dans 120 villes en France.

Au carrefour du cimetière du Père-Lachaise, des marionnettes géantes surplombent la foule. L’une d’entre elles brandit une banderole au message incitant à l’action, à la solidarité, à la convergence : « Pour un réchauffement populaire ». Aux manettes, la compagnie Les Grandes Personnes, qui réside à la « Villa mais d’ici », à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis). Ayant décidé collectivement de ne pas répondre à la presse, leur seul mot sur leur présence à cette marche n’appelle pas d’autres commentaires : « C’était important pour nous d’être là aujourd’hui. » Clin d'œil discret au fait qu'il n'y a pas que les bobos parisiens qui marchent ce jour-là.

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Pour Robin, arrivé récemment de Montpellier pour vivre à Paris, l’écologie doit être la clef pour résoudre les inégalités. « On ne peut pas demander à des gens qui crèvent de faim de se préoccuper d’écologie comme nous le faisons, mais les gens commencent enfin à comprendre les liens entre écologie et social. J’ai remarqué que plus les gens viennent d’un milieu aisé, plus ils ont du mal à faire la jonction dans leur esprit. Je ne veux pas de l’écologie qui se fout du monde car cela conduira à un suicide écologique ! », déclare-t-il fermement en arborant son panneau : « Jaunes & verts, mêmes colères ». « Ces deux mouvements, gilets jaunes et climat, montrent la même chose : une crise de régime », ajoute-t-il.

Gilet fluo sur le dos, Nathalie a manifesté le week-end précédent avec les gilets jaunes et marche aujourd’hui pour le climat car elle ne fait pas de différence entre la lutte pour « défendre la planète » et celle pour « sortir la population de la pauvreté ». « Il faut un programme cohérent sur l’écologie pour stopper les pesticides, le projet de mine d’or en Guyane ou la privatisation des chemins de fer, mais pour sauver la planète, l’isolation des milliers de passoires thermiques est indispensable ! », précise-t-elle. Vivant en Seine-et-Marne, au milieu des grands céréaliers, cette ingénieure en environnement est particulièrement sensibilisée au sujet des pesticides. « Mais je suis fille d’ouvrier et petite-fille de berger, je n’oublie pas d’où je viens et j’espère que les différentes luttes vont s’épauler car on veut tous bien vivre et bien vieillir.»

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« Entre nos revendications et celles des gilets jaunes, Macron ne va plus rien comprendre ! », s’exclame un jeune homme à son groupe d’amis. Ni une, ni deux, une manifestante, mégaphone en bandoulière, s’arrête pour entamer le débat. « Toutes ces revendications se rejoignent ! Pourquoi le coût de la transition énergétique devrait être assumé par les plus pauvres tandis que les multinationales continuent de détruire la planète et de creuser les inégalités sociales et économiques ? », lance-t-elle.

Si l’ambiance est restée festive et pacifique tout au long de la marche, les esprits semblent se radicaliser. À l’avant du cortège, des activistes en combinaisons blanches et masques de hiboux haranguent des slogans plus combatifs. À l’arrivée, une immense banderole « ZAD partout » est déployée sur la statue de la place de la République. Les prises de paroles s’enchaînent. Cyril Dion, militant écologiste et réalisateur du film Demain, appelle à la solidarité avec les gilets jaunes. « Ils nous montrent que nous avons besoin d’aller à la confrontation, même pacifique ! On pourrait s’entendre sur plusieurs sujets : une vraie taxe sur les transactions financières, un revenu universel, une taxe sur les gros pollueurs, un référendum d’initiative citoyenne… », énumère-t-il.

Pauline Boyer, du mouvement Alternatiba, conclut : « Il est temps d’entrer en résistance, dans un mouvement non violent, radical, solidaire. » Cette marche pour le climat en est un premier exemple.

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