Disparition : Thomas Théry, un producteur est passé

Ingénieux et discret, féru de documentaires, aux goûts prononcés, le producteur a tiré sa révérence à l’âge de 42 ans.

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Un homme de l’ombre, et quelqu’un de peu ordinaire. C’était un peu ça, Thomas Théry, décédé bien tôt et dont les derniers hommages ont lieu au Père Lachaise ce mardi 22 janvier. Un producteur comme on n’en trouve pas des bottes, aux (bons) goûts affirmés, une personnalité ouverte, aux choix éclectiques. Pas un producteur sorti d’une école de commerce, mais un homme cultivé. Homme de l’ombre, parce que le grand public ne le connaît pas. Personnalité aux choix éclectiques, parce qu’il avait produit et/ou coproduit et défendu un certain profil de documentaires. Bokassa Ier empereur de Françafrique ; Le Pen, le Diable de la République ; Marine Le Pen, la dernière marche ; Après la guerre, la guerre continue (photo), quatre films d’Emmanuel Blanchard, Louis Renault et André Citroën, la course du siècle, de Fabien Béziat, La Police de Vichy, de David Born-Brzoza ; Pedro Almodovar, tout sur ses femmes, de Sergio Mondelo ; ou encore Pin-Up, la revanche d’un sex-symbol, de Sophie Peyrard, et Une histoire des services secrets français, en quatre volets, réalisé encore par David Born-Brzoza.

D’abord étudiant en khâgne au lycée Fénelon, avant d’entamer des études de lettres, jusqu’à un DEA, sur la figure de Jules Barbey d’Aurevilly, Thomas Théry avait été tenté par l’édition, avant de se tourner vers la production et d’entrer, en 2008 à Program33, sous la houlette de Fabrice Coat. « Il s’est d’abord occupé à mettre en musique les films, organiser les tournages, puis il s’est vite révélé brillant pour accompagner les auteurs et les réalisateurs, relève Fabrice Coat. Il avait le sens des réalités, des capacités intellectuelles au-delà du commun et en même temps la tête dans les nuages, dans le bon sens du terme, totalement dévoué au traitement éditorial, passionné par les sujets qu’il avait entre les mains, et sans rien perdre de son sens de l’humour. »

« Il avait quinze idées à la minute, dans le bon timing et l’intelligence, poursuit de son côté Emmanuel Blanchard. Il était aussi plein d’appétit et d’énergie, et savait sentir l’air du temps. » Si Thomas Théry était également le producteur du magazine culturel bimensuel « Drôle d’endroit pour une rencontre », présenté par Nicolas Demorand, puis Ali Baddou, sur France 3, on se souvient surtout de ce programme court remarquable, « Dr CAC », diffusé quotidiennement sur France 5, époustouflant ovni dans le paysage audiovisuel, bouleversant la manière de parler d’économie sur le petit écran.

Sur un montage d'images tirées de la télévision américaine des années 1960, le docteur Christian Cac expliquait de façon simple et ludique de grands sujets économiques d’actualité. Pourquoi le Qatar achète le PSG ? Combien gagne un patron ? Qu’est-ce que la dette ? Un programme d’une rare curiosité et inventif, imaginé par lui et Fabrice Coat, après avoir fait le constat que « l'économie à la télévision était absente des grilles ou ennuyeuse quand elle est traitée sur les chaînes spécialisées ». Il s'agissait alors « de relever le pari d'une émission d'économie présentée de manière sexy et chaleureuse, pour sortir de l’abstraction », avait expliqué Thomas Théry. Programme loufoque, déjanté et brillant s’il en était, qui rassemblait pas loin de 300 000 téléspectateurs à chaque numéro, séduits par un tour de force : « Réussir le mariage entre la comédie, le feuilleton et un propos économique solide. Il faut éviter que l'humour ne prenne le pas sur l'information. » À dire vrai, c’était réussi. Pour la seule raison que Thomas Théry entendait bien faire les choses sérieusement, sans se prendre au sérieux.


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