Fipadoc : L’enfer des mineurs

Avec Les Enfants maudits, présenté au Fipadoc de Biarritz, Cyril Denvers revient sur la prison de la Petite Roquette, à Paris, sous une forme originale.

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C’est une histoire trop méconnue. Celle de la prison de la Petite Roquette, au cœur de Paris, à quelques centaines de mètres de la Bastille, détruite en 1974, aujourd’hui remplacée par un grand square et un parc de jeux. Quand elle ouvre ses portes, en 1838, la Petite Roquette est une prison « modèle ». Un parfait hexagone au milieu duquel trône une tour de contrôle, un pénitencier pour gamins (qui le restera jusqu’en 1934, pour devenir une prison pour femmes), dont les plus jeunes ont tout juste 7 ans. À l’intérieur, trois catégories de mômes : les vagabonds, c’est-à-dire des orphelins sans argent et sans domicile, criminels de menus larcins, enfermés jusqu’à leur majorité, à 21 ans ; les petites frappes, qu’on appelle le plus souvent « les Apaches », des frondeurs ; et les mouflets dont les parents ont décidé de se débarrasser par la voie de la « maison de correction », des mouflets condamnés ainsi à être « corrigés ».

Lieu austère s’il en est, et terrifiante machine carcérale. Des geôles aux murs nus, de quatre mètres sur deux, une paillasse, pas de chauffage, des punaises, soupe et miche de pain en guise de repas, à 9 heures et 15 heures, entre lesquels on effectue des travaux de manufacture, une nuée de gardiens qui rôdent, pas de soins médicaux, et un isolement permanent parce qu’il est interdit de parler, et même de tousser, d’éternuer, de geindre. Silence absolu. Tel est le règlement pour les cinq cents cellules. « Cinq cents solitudes », dit Emmanuelle Bercot, en voix off, dans le commentaire très sobre accompagnant ce documentaire présenté au Fipadoc, en compétition nationale, à Biarritz. Certains mômes détenus y perdront le langage. On y crève de faim, on y meurt aussi (le taux de mortalité approche les 12 %).

Pour raconter cette honte de la République, Cyril Denvers a choisi un dispositif particulier : une lecture interprétée par de jeunes comédiens des lettres écrites par ces détenus mineurs. Des lettres retrouvées par hasard, dans une malle, en Normandie. Des lettres rédigées au début du XXe siècle, qui sont autant de suppliques, de doléances, de cris, de souffrances, jamais reçues par les parents puisque leur envoi dépendait du bon vouloir du directeur de la prison. À côté de ces lectures, le réalisateur ajoute le témoignage de descendants retrouvés, des photographies des lieux, des images d’archives, rebondissant dynamiquement sur les voix des comédiens, fébriles, paniquées, révoltées. Non sans émotion sincère.

Les Enfants maudits, Cyril Denvers (1h07), projection au Fipadoc, samedi 26 janvier (au Colisée), et prochainement sur France Télévisions.


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