Georgette Elgey, la chance et l’histoire

Admiratrice du général de Gaulle et de Mendès-France, l’historienne a consacré cinquante années à écrire un monumental récit de la IVe République, qui reparaît dans une nouvelle version.

Ce n’est sans doute pas la première personnalité dont on attendrait le portrait dans Politis. Point de décennies de militantisme à gauche, point de pétitions régulièrement signées… Et son admiration pour le général de Gaulle est sans égale depuis 1944, même si elle fut politiquement proche de Mendès-France dans les années 1950. « Comme tous les gens de ma génération, explique-t-elle, à cause de ses discours pour une réconciliation avec la politique, mais cela n’avait rien de comparable avec mon attachement à de Gaulle »

À bientôt 90 ans, Georgette Elgey nous accueille un matin d’automne dans son modeste appartement parisien du quartier Maubert, à deux pas de la Mutualité. Dans son bureau empli de livres, plusieurs photos l’entourent : l’une la montre recevant la Légion d’honneur des mains de François Mitterrand. Elle répète volontiers, de sa voix rocailleuse roulant les « r » de la même façon que Colette, qu’elle a (presque) toujours eu « une grande chance » tout au long de sa vie, en dépit de certaines épreuves. Non seulement comme journaliste, métier qu’elle exerça dans les années 1950, d’abord aux côtés de Françoise Giroud à L’Express, à une époque où les femmes se comptaient sur les doigts d’une main dans la profession, puis à Paris-Presse, quotidien plutôt conservateur du puissant groupe Hachette. Elle rencontre, interviewe, portraiture une grande partie des plus célèbres hommes politiques français, mais aussi Nasser, Bourguiba ou quelques-uns des principaux chefs du FLN algérien…

La chance, cependant, débute bien avant les années 1950. Née en 1929, habitant le très chic quartier de Chaillot, Georgette connaît une enfance plutôt heureuse, dans une foi catholique fervente, même si son père, Georges Lacour-Gayet, éminent historien avide d’honneurs, marié et père de famille, refusera toujours de reconnaître cette enfant issue d’une relation adultérine, malgré les nombreuses – mais vaines – démarches judiciaires engagées par sa mère en ce sens. Deux décennies durant, la justice ne donne pas droit à cette femme. Georgette se crée alors son pseudonyme de journaliste à partir des initiales de son père : « L.-G. ». Et apprend très tôt combien les femmes ont à lutter plus que les autres dans une société traditionaliste et patriarcale. Comme elle est une enfant « naturelle », le fisc, selon une loi de 1892 (abrogée en 1972), lui a pris tout son héritage…

La jeune fille tombe toutefois de haut quand, en 1941, elle découvre que sa mère a une ascendance juive et doit aller s’enregistrer au commissariat. La famille (c’est-à-dire sa grand-mère, sa mère et elle-même) a la chance de tomber d’abord sur un commissaire bienveillant. Le danger guette néanmoins. « Mon univers s’effondre », racontera-t-elle dans un récit sur son enfance et l’Occupation, qu’elle écrit en 1972 (1). À l’été 1942, les trois femmes quittent Paris et tentent de passer en zone dite libre. Dénoncées comme juives, elles sont arrêtées par la Gestapo à Orthez, sur la ligne de démarcation. Georgette, 13 ans, est terrifiée. Mais pas question de montrer sa peur aux Allemands qui les encerclent et les gardent deux longues semaines. C’est l’aide inattendue du commissaire de police parisien qui va les sauver : il obtient la signature de laissez-passer par un capitaine de la Kommandantur parisienne, Otto Hannemann. Plus de soixante ans plus tard, Georgette retrouvera ses descendants outre-Rhin et apprendra les convictions antinazies de celui à qui elle doit d’avoir échappé à la déportation. Incroyable chance, là encore…

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