Grand débat et petits calculs

Macron invite les Français à débattre, sauf de lui, sa fonction, son bilan, son cap ultralibéral. Avec l’espoir que deux mois de discussions feront disparaître les revendications des gilets jaunes.

Drôle d’ambiance pour un débat démocratique. C’est dans un village en état de siège qu’Emmanuel Macron a donné, aux côtés de 600 maires et élus de Normandie, le coup d’envoi de son grand débat national. En prévision de la venue du Président et de quatre ministres dans l’après-midi du 15 janvier, le centre-ville de Grand Bourgtheroulde (Eure) avait été bouclé au petit matin : seuls étaient admis à y entrer les résidents, les parents d’élèves scolarisés dans cette commune de 3 700 habitants et les personnes y travaillant, sur présentation d’un justificatif. Les bâtiments publics avaient été fermés, la distribution et la vente de carburant interdits dans tout le département… Deux jours après la publication d’une « Lettre aux Français » qui cadre et oriente le débat, le chef de l’État voulait surtout « écouter » ce qu’avaient à lui rapporter ces élus, selon l’Élysée. « Écouter, c’est une bonne chose, mais cela aurait été bien que des citoyens soient conviés à cette écoute », a sobrement réagi sur LCI Ingrid Levavasseur, une aide-soignante en gilet jaune de l’Eure.

Alors que les gilets jaunes appellent à un acte 10 de leur mobilisation après la forte participation enregistrée pour l’acte 9 du 12 janvier, cette entrée en matière n’est pas de nature à convaincre que ce « grand débat national » puisse répondre aux aspirations et revendications soulevées sur les ronds-points depuis plus de deux mois, ni permettre, comme l’ambitionne Macron, de « bâtir un nouveau contrat pour la Nation ».

Quelles sont les modalités de ce débat ?

« Je souhaite que le plus grand nombre de Français (…) puisse [y] participer », écrit Macron. D’une durée de deux mois, le débat prendra plusieurs formes. Des « réunions d’initiatives locales » seront organisées « partout en France, à l’initiative de maires ou de citoyens », a indiqué Édouard Philippe. Et à compter du 21 janvier, des contributions pourront être déposées sur le site www.granddebat.fr, qui recensera sur un mode déclaratif les débats organisés dans chaque région, ou envoyées par courrier postal à la Mission Grand Débat (244, boulevard Saint-Germain, Paris VIIe). Des stands de proximité seront également installés « dans des lieux de passage du quotidien ».

Pour faciliter la tenue des débats, des « kits méthodologiques » et des fiches thématiques seront distribués aux organisateurs, a annoncé le Premier ministre. Enfin, dans la phase finale du débat, à partir du 1er mars, seront organisées des « conférences citoyennes régionales ». Elles réuniront dans chaque région un groupe représentatif d’une centaine de personnes tirées au sort, qui « pourront participer à l’élaboration de pistes concrètes, donner leur avis sur ce qui ressort des premières semaines du Grand Débat national et nourriront ainsi la réflexion sur les suites à donner », selon Matignon.

Quelles sont les garanties d’indépendance ?

Le cafouillage qui a accompagné son lancement en fait douter. Chargée par le gouvernement de piloter ce débat national, Chantal Jouanno, la présidente de la Commission nationale du débat public (CNDP), autorité administrative indépendante, tenait à ce que le débat soit « libre ». « On est aux ordres de personne, on est aux ordres des Français simplement pour garantir leur droit à la participation, sinon j’arrête tout de suite », avait-elle lancé le 4 janvier sur CNews. Quatre jours plus tard, elle jetait spectaculairement l’éponge. Le 10 janvier, elle annonçait que la contribution du CNDP s’arrêtait au lancement de la consultation, le 15 janvier, obligeant Édouard Philippe à confier « l’organisation opérationnelle » à deux ministres. Sébastien Lecornu, ministre chargé des Collectivités territoriales, et Emmanuelle Wargon, secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, seront aussi « chargés de la mobilisation de tous », et à ce titre « les interlocuteurs des maires qui souhaitent organiser des débats, mais qui ne savent pas forcément toujours comment faire et des associations qui souhaitent [y] participer », a précisé cette dernière, qui se défend d’être en charge du « contrôle » du débat.

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