Guatemala : De la corruption ? où ça ?

Victimes de leur efficacité, des enquêteurs de l’ONU ont été chassés sur ordre du président Jimmy Morales, fortement soupçonné de malversations, à cinq mois d’élections générales.

Les spacieux bâtiments et leur jardin sont devenus une petite forteresse dressée dans un quartier un peu éloigné du centre de Guatemala Ciudad. La hauteur du mur d’enceinte d’origine, trois mètres, a été doublée par une palissade métallique. L’entrée est gardée par des militaires en armes. Dans la salle d’attente des visiteurs, un panonceau déroule une longue liste d’objets qu’il est interdit d’introduire : téléphone portable, ordinateur, matériel audiovisuel, appareil photo, disque dur, etc. Ici travaille, recluse, la très sensible Commission internationale contre la corruption et l’impunité au Guatemala (Cicig), sous l’égide des Nations unies.

Ou plutôt, travaillait : le 7 janvier, le président Jimmy Morales a décidé de mettre fin à sa mission, accusant la commission d’outrepasser son mandat en intervenant contre la « souveraineté » nationale. Ses inspecteurs ont précipitamment quitté le pays. Ils s’étaient déjà vu retirer leur immunité diplomatique en décembre, avant-dernier acte d’une hostilité dont la scénarisation s’est enclenchée en août dernier : Morales a interdit au magistrat colombien Iván Velásquez, président de la Cicig, de rentrer au Guatemala à la suite d’un déplacement hors du pays.

La crise couvait depuis 2016, quand la mission onusienne a commencé à s’intéresser au frère et au fils du Président, soupçonnés de fraude fiscale et de blanchiment d’argent. Morales en personne se trouve aussi dans le collimateur depuis 2017, quand Velásquez a demandé la levée de son immunité présidentielle pour étayer des suspicions de financement illicite pendant sa campagne électorale de 2015. Une tentative d’expulsion du magistrat avait alors été bloquée par une décision contraire de la Cour constitutionnelle. Qui a de même annulé l’interdiction de retour de Velásquez, en août dernier. Sauf qu’en cette occasion l’exécutif a passé outre. Tout comme pour la cassation par la Cour de la décision unilatérale de mettre fin au mandat de la Cicig, qui courait jusqu’en septembre 2019.

« Nous sommes dans la situation d’un auto-coup d’État », s’alarme Edwin Ortega, consultant syndical. « Le pays est entré dans une très grave crise constitutionnelle, commente Javier Brolo, chercheur en science politique. Et comme dans cette confrontation le pouvoir juridique ne dispose pas de bras exécutif, on n’a aucune idée de la manière dont le pays peut en sortir… »

La Cicig est un organe international unique en son genre, créé en 2007 par un accord signé par l’État du Guatemala et l’ONU. À l’issue de trente-six années de guerre civile, en 1996, le pays ne parvient pas à rétablir un État de droit. Des bandes d’anciens soldats et policiers, qui ont mené des opérations secrètes contre la guérilla révolutionnaire pour le compte des gouvernements de droite, sont devenues des gangs criminels, infiltrés dans les systèmes judiciaire et politique du pays. À la suite d’un appel de la société civile, les politiques acceptent la solution proposée : l’installation d’un organe financé par l’ONU, qui mènera ses propres investigations sur les gangs et leurs ramifications, pour confier ensuite les affaires aux procureurs locaux, soutenir la justice dans la répression des crimes et promouvoir des réformes institutionnelles. Pour des raisons compréhensibles d’indépendance, le financement de la Cicig est assuré par l’ONU et aucun de ses enquêteurs n’est guatémaltèque.

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