Dossier : Les effets pervers de la loi anti-prostitution

Les effets pervers de la loi anti-prostitution

En supprimant le délit de racolage et en instaurant une amende pour le client, la loi de 2016 entendait « protéger » les travailleur·se·s du sexe. En réalité, elle les a précarisés et soumis à davantage de violences. Sans effet sur le proxénétisme.

La lumière chaude d’une vitrine vient caresser l’asphalte du boulevard de Belleville. Sous le regard des badauds installés aux terrasses toujours pleines de ce quartier de Paris, un défilé de femmes asiatiques s’engouffre dans le local éclairé. Un vieil homme vient traîner sa canne près de la devanture et grommelle : « Ah, y a les putes. » Une jeune femme emmitouflée dans un pull à col roulé rouge le regarde partir et commente : « Voilà pourquoi il faut faire de la médiation avec les riverains. »

Nora Martin-Janko coordonne le programme Lotus Bus pour Médecins du monde (MDM). Une fois par semaine, les travailleuses du sexe d’origine chinoise viennent rencontrer les membres de cette association de solidarité. Les habituées sortent rapidement avec des préservatifs, les nouvelles s’arrêtent un instant pour un entretien et des conseils de réduction des risques. Quelques sourires s’échangent, puis les mines redeviennent sérieuses. Il faut retourner travailler, dans des conditions dégradées.

« Les questions de santé globale constituent notre priorité. Il ne s’agit pas d’être “pour ou contre la prostitution” », explique d’emblée la coordinatrice de MDM. Le sujet déchaîne les passions, mais Nora Martin-Janko tranche : « Nous nous devons de dénoncer les mesures néfastes, la pénalisation des clients en est une. »

Deux ans après la promulgation de la loi du 13 avril 2016 contre le « système prostitutionnel », MDM a publié une enquête sur ses effets. Près de 600 travailleurs et travailleuses du sexe y ont participé, via une dizaine d’associations de terrain. À la lecture des résultats, les enquêteurs constatent : « La majorité des travailleur·se·s du sexe interrogé·e·s considèrent que la pénalisation des clients s’avère plus préjudiciable pour elles et eux que l’ancienne mesure de pénalisation de racolage public. »

Les clients, nouvelles cibles des forces de l’ordre, semblent avoir déserté les trottoirs. Selon l’enquête commandée par l’ONG, près de 80 % des personnes prostituées auraient subi une baisse de leurs revenus depuis 2016 : un appauvrissement qui frappe une population déjà précarisée. La demande décroît, mais l’offre reste la même, voire progresse. « Nous constatons une légère augmentation de la prostitution sur Internet, elle concerne 25 000 à 30 000 personnes », expose Jean-Marc Droguet, commissaire divisionnaire et chef de l’Office central de répression de la traite des êtres humains (OCRTEH). Le haut gradé, spécialisé dans le démantèlement de réseaux d’exploitation sexuelle, poursuit : « La prostitution dans la rue reste stable, avec 10 000 prostitué·e·s, malgré une légère baisse observable uniquement en région parisienne. »

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