Place au doc

À Biarritz, le Fipadoc entame sa première édition avec une centaine de films. Un programme ambitieux, de Rithy Panh à Didier Cros.

D isons que j’étais mort, et tous les miens aussi, ou presque. […] Qui fera le deuil de vivre ? interroge Rithy Panh dans le chapitre liminaire de ce documentaire, Les Tombeaux sans noms. Pas moi. J’ai voulu aller avec les morts. Non pour m’allonger auprès de ma mère, sur les planches de bois, et auprès de mes sœurs disparues, et de mon père affamé, et de ma petite-nièce qui croquait du sel, et de mes petits-neveux, et auprès de mon frère, avec sa mèche et sa guitare, qui me sourit depuis la capitale des morts. » Morts de l’idéologie qui blesse, martyrise, détruit, « avec une telle vitesse et au nom d’une telle pureté » que cette mort peut se trouver « même en un paysage tranquille ». Celui du Cambodge.

Dans des couleurs ambrées, sur des images bercées par les prières répétées à l’envi et à voix haute, Rithy Panh revient une nouvelle fois sur le génocide perpétré par les Khmers rouges entre 1975 et 1979 (après S21, la machine de mort khmère rouge, ou encore Duch, le maître des forges de l’enfer), dont lui-même, enfant, a été victime. Une ode poétique, une ballade glaçante le long de terres gorgées de cadavres, des terres aux lumières chatoyantes, en rupture franche avec le commentaire.

À côté d’une voix off où l’intime se glisse dans l’universel, c’est aux survivants de raconter les conditions de vie des populations déplacées et dont la faim s’impose en leitmotiv. « Dans une marmite, ils mettaient seulement deux boîtes de riz, confie l’un d’eux. Chacun recevait trois louches de soupe. Si on enlevait l’eau, il restait deux cuillères de riz. » Un autre témoin poursuit : « Quand on a faim, on ne pense pas cru ou cuit, on pense à manger. »

Quarante ans après, on cherche toujours ses morts, on demeure dans l’incompréhension, abasourdi par la violence des massacres, on traque les traces, on se remémore et célèbre des âmes perdues dans une histoire de symboles, de silhouettes plantées au vent, de pailles de riz, de linceuls, de ciels de pluie, de pauvres hères sans sépulture jetés au bord des chemins.

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