Quelle police en démocratie ?

Les violences policières ont été longtemps niées. Mais leur réalité, leur niveau d’intensité et leurs conséquences sont désormais indiscutables.

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Quelque chose de nouveau est en train de se passer au sujet des violences policières, que l’on doit en grande partie à la révolution du téléphone portable et aux vidéos qu’il permet de capter et de diffuser : leur dévoilement au grand public. Les victimes ne sont désormais plus seules dans leur parole, avec leur avocat souvent commis d’office. Les violences policières ont été longtemps niées, quand elles n’étaient pas carrément justifiées pour lutter contre la « chienlit ». Leur réalité, leur niveau d’intensité et leurs conséquences sont désormais indiscutables. Certes, il faut se méfier des extraits décontextualisés, et on peut faire dire n’importe quoi à des bouts d’image. Il faut toujours des avis experts méthodiques et consciencieux pour les décortiquer afin que les vidéos constituent de véritables pièces à conviction en cas de judiciarisation. Si rien n’indique encore que l’impunité dont bénéficient largement les policiers fautifs va cesser, il sera plus difficile de contester l’évidence des témoignages des citoyens.

Certes, les profils de manifestants ont changé, mais de Sarkozy à Valls, on a surtout assisté à un changement de doctrine : fin de la référence explicite à la mission première de défense des libertés publiques dans le code de déontologie ; extension du champ de l’arbitraire dans les interpellations (fondées désormais sur un « comportement suspect » et non plus sur des « activités suspectes ») ; augmentation du nombre de cas d’autorisation de tirs à vue au nom de la légitime défense ; aggravation des peines pour « outrage et rébellion », dont sont souvent juges les policiers eux-mêmes ; incroyable suréquipement avec des armes offensives, voire meurtrières, et non dissuasives…

Avec la loi renseignement (2014), l’état d’urgence (2015, désormais devenue loi ordinaire), la loi de renforcement des pouvoirs de police (2017), le régime juridique français est un bloc sécuritaire cohérent qui ne cesse d’inquiéter les défenseurs des droits des citoyens, car c’est lui qui légitime et couvre souvent ces violences, a priori comme, trop souvent, a posteriori. Nous étions alors bien peu à nous y opposer, tant dans l’hémicycle que dans le débat public, et à nous inquiéter que de tels dispositifs, graves en soi, servent, demain, des idéologies aux bottes brunes. « Quelle police en démocratie ? », voilà une question qui aurait mérité de figurer en bonne place dans le grand débat national. D’autant que, dans le pays, on en parle de plus en plus.


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