Dossier : Amérique latine, Afrique, France : Travailleuses domestiques de tous les pays…

« Voilà ce que les femmes peuvent obtenir ! »

Poussées par l’accaparement des terres à travailler en ville, des aides ménagères d’Afrique de l’Ouest se battent pour leurs droits.

U ne domestique, je voudrais pouvoir la choisir jolie ! » Les deux jeunes hommes, l’un ivoirien et l’autre togolais, plaisantent gentiment sur la profession de Sitan Fofana. Ils vont rapidement se faire moucher. La scène se déroule devant le stade du 26-Mars à Bamako, l’une des étapes de la première « Caravane ouest-africaine contre l’accaparement des terres, de l’eau et des semences », qui a fait témoigner des centaines de paysans le long du trajet de Ouagadougou à Dakar en mars 2016 (1).

« Pourquoi jolie ? On attend d’elle qu’elle soit une bonne professionnelle, non ? » Les deux débatteurs, urbains et ouverts, semblent entendre ce qui suit pour la première fois de leur vie. La jeune présidente de l’Association de défense des droits des aides ménagères et domestiques du Mali (Addad) les déstabilise implacablement. « Mon patron, malade, me réveille à 3 heures du matin pour faire chauffer de l’eau : je fais quoi ? » Les deux débatteurs bondissent. « Mais… c’est un réflexe de charité ! » Sitan Fofana : « Si c’est stipulé sur mon contrat et rémunéré au titre de mes tâches, je le fais volontiers, bien sûr. » D’abord outrés par cette « dureté de cœur », les gars comprennent peu à peu. Elle insiste. « Et cette employée que sa patronne envoyait s’occuper de sa mère malade, en plus de ses tâches, comme si elle était corvéable à merci, elle devait accepter “par bonté” ? »

Sitan Fofana explique sa présence au sein de la caravane. « Nous sommes pour la plupart des villageoises qui avons émigré en ville pour trouver du travail, parfois dès l’âge de 9 ans, et pour un tiers parce que nos parents, paysans, ont été victimes de l’accaparement des terres où ils faisaient du maraîchage ou du petit élevage. Ils envoient leurs filles à la ville en pensant résoudre ainsi les problèmes. Résultat, c’est souvent la double peine, avec toutes sortes de violences et d’injustices. Il existe bien une loi, au Mali, qui nous protège spécifiquement, mais elle n’est pas appliquée. » Salaire minimum garanti du moment : 32 000 francs CFA par mois, soit environ 50 euros. « Or il est rare qu’une travailleuse domestique touche 10 000 FCFA, c’est même souvent entre 4 000 et 6 500. Levée avant tout le monde et couchée la dernière ! »

Il reste 52% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents