Genèse des intellectuels postcoloniaux

Thomas Brisson analyse les relations entretenues par les auteurs chinois, arabes et indiens avec la pensée occidentale.

Le politiste Thomas Brisson s’intéresse à la construction des pensées postcoloniales et à la sociologie des intellectuels qui les produisent. Il retrace notamment l’évolution des auteurs et de leur pensée, leurs positions par rapport à la modernité occidentale, mais aussi vis-à-vis des anciennes contestations tiers-mondistes de l’époque des décolonisations. Cette évolution, qui a vu entre-temps la naissance aux États-Unis des subaltern studies et surtout des postcolonial studies, est marquée selon lui par l’importance de la notion de « déplacement » chez ces intellectuels souvent en diaspora. Le domaine d’études du chercheur recouvre donc ce large mouvement qui cherche à « décentrer l’Occident », pour reprendre le titre de son dernier livre, en s’intéressant aux échanges entre « champs intellectuels transnationaux (1) » et à leurs enjeux.

Qu’est-ce qu’un « intellectuel post­colonial », terme que vous employez dans le sous-titre de votre livre ? Est-ce forcément un intellectuel déplacé ou déraciné ?

Thomas Brisson : Il y a plusieurs manières de répondre à cette interrogation. Une définition extrêmement large serait de dire qu’un intellectuel postcolonial est né dans un contexte créé par une pénétration occidentale au-delà de l’Occident. Cela peut concerner des individus en Inde, en Chine, en Afrique, en Amérique du Sud, etc. Une autre définition consiste à s’intéresser également à des personnalités déplacées, c’est-à-dire nées hors des mondes occidentaux, puis relocalisées dans ceux-ci. Ce sont souvent des intellectuels venus étudier durant la période coloniale ou immédiatement après celle-ci, donc à Paris, à Londres, certains à Amsterdam, puis qui, à la faveur des déplacements des centres de pouvoir, se retrouvent souvent aux États-Unis, devenus de plus en plus hégémoniques à partir de la fin des années 1960.

Les intellectuels postcoloniaux ne sont pas tous nécessairement déplacés, mais ceux-ci en constituent une bonne part. Et il est évident que le déplacement géographique est un vecteur à la fois d’occidentalisation et de production de critiques de l’Occident. Ces caractéristiques, si elles concernent une grande diversité d’intellectuels postcoloniaux ou ­occidentalisés (selon les termes que l’on veut leur appliquer) et permettent de mieux les cerner, ne les englobent pas dans leur ensemble. Ce sont là quelques-unes des interrogations qui ont guidé mes recherches, même si je ne prétends pas à l’exhaustivité.

En outre, il existe une part non négligeable d’intellectuels qui sont restés et travaillent dans leur pays d’origine, abordant d’autres types de problèmes que les « déplacés » (comme la censure ou le rôle des pouvoirs sur place), mais que l’on entend moins ici, car ils sont de fait moins médiatiques et disposent de moins de relais ou de capitaux scientifiques internationaux. À quoi s’ajoutent évidemment des questions de langue, voire de culture…

En quoi la critique de la modernité occidentale par des penseurs non occidentaux a-t-elle été malgré tout largement imprégnée par la pensée occidentale ?

Il reste 69% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Décote, départ à 64 ans, valeur du point… On vous dit tout sur la réforme des retraites

Éco/Social accès libre
par ,

 lire   partager

Articles récents