Gilets jaunes sous couvertures

Trois parutions regroupent des analyses de chercheurs pourtant peu enclins, habituellement, à commenter les mouvements sociaux à chaud.

Olivier Doubre  • 13 février 2019 abonné·es
Gilets jaunes sous couvertures
© photo : À Lorient, le 9 février.crédit : FRED TANNEAU/AFP

Il fut un temps où les intellectuels ne rechignaient pas à s’engager. Ou, du moins, à réagir à des événements récents, surtout s’il s’agissait de mouvements sociaux, sans craindre même d’emboîter le pas ou, à l’inverse, de s’en prendre aux manifestants et aux personnes engagées dans un mouvement social.

Sans remonter à l’époque désormais lointaine de l’« intellectuel total » cher à Jean-Paul Sartre, qui prenait parti sur quasiment toutes les questions politiques et sociales du pays, chercheurs en sciences sociales ou publicistes à la plume alerte, un brin concernés par une protestation collective, se sentaient jadis légitimes pour s’exprimer et proposer leurs analyses. En particulier lorsque leur domaine de recherche recoupait les préoccupations des personnes mobilisées ou les questions soulevées, adhérant à la démarche de l’« intellectuel spécifique » théorisée par Michel Foucault. Pourtant, depuis les années 1990, sociologues, historiens, politistes ou économistes ont tendance à hésiter, voire à reculer, devant l’idée de prendre position publiquement, sans même parler d’un engagement politique et social en bonne et due forme.

À lire aussi >> Sylvain Bourmeau : « Les journalistes s’intéressent surtout à la “déviance” »

Le constat est peut-être moins tranché à droite, chez les intellectuels réactionnaires ou conservateurs qui, ayant davantage le vent en poupe, sont plus prompts à déverser leurs diatribes contre les minorités, à se proclamer en faveur de « l’ordre », ou comme récemment, de Luc Ferry à Pascal Bruckner, d’Alain Finkielkraut à Hélène Carrère d’Encausse, à appeler à réprimer militants syndicaux, manifestants anonymes, fauteurs de troubles et « casseurs », voire à inciter les policiers à faire usage de leur arme. Tandis qu’à gauche, le nombre des

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »

Deux continents, un combat. L’une, Janette Zahia Corcelius, résiste aux raid de l’ICE, la police anti-immigration de Trump. L’autre, Anzoumane Sissoko, lutte pour la régularisation des étrangers depuis vingt-quatre ans. Une rencontre pour penser la résistance transatlantique contre l’autoritarisme et les répressions anti-migratoires.
Par Juliette Heinzlef et Maxime Sirvins
Le fascisme, une hydre aux mille définitions
Essai 30 avril 2026 abonné·es

Le fascisme, une hydre aux mille définitions

Le « fascisme » emporte-t-il le monde ? Jamais éteint, ce vocable est plus utilisé et débattu que jamais. Un nouvel ouvrage collectif s’efforce d’apporter nuance et complexité à ce débat sémantique ô combien politique.
Par François Rulier
La « nouvelle France », un débat qui vient de loin
Analyse 29 avril 2026 abonné·es

La « nouvelle France », un débat qui vient de loin

De la pensée révolutionnaire au nouveau slogan des insoumis, l’universalisme français n’a cessé de muter selon les contextes, révélant une contradiction entre tentation hégémonique et volonté d’ouverture.
Par Juliette Heinzlef et Alix Garcia
Annie Thébaud-Mony : « Le travail continue d’empoisonner les plus précaires, en toute impunité »
Entretien 27 avril 2026 abonné·es

Annie Thébaud-Mony : « Le travail continue d’empoisonner les plus précaires, en toute impunité »

En 2012, la sociologue refusait la Légion d’honneur pour dénoncer l’invisibilisation des enjeux de la santé au travail. Quatorze ans plus tard, pour elle, les leçons des précédents scandales sanitaires n’ont pas été tirées. Elle se félicite cependant que les victimes n’hésitent plus à parler.
Par Céline Martelet