Judith Davis : « J’avais envie de chemins de traverse »

La réalisatrice Judith Davis aborde des questions fondamentales de notre époque, sans délaisser le burlesque et le romantisme.

Cofondatrice de la compagnie théâtrale L’Avantage du doute, Judith Davis a conçu Tout ce qu’il me reste de la révolution dans le prolongement d’une pièce écrite et jouée avec ses acolytes, que l’on retrouve dans le film. Autant dire que le collectif n’est pas un vain mot pour la réalisatrice.

Que vous reste-t-il de la révolution ?

Judith Davis : Le titre dit : Tout ce qu’il me reste de la révolution : c’est peut-être peu, mais c’est aussi « tout ». C’est l’énergie vitale d’avoir encore envie de se réunir, de répondre à cette nécessité profondément humaine selon laquelle il est impossible de vivre bien si on ne vit pas avec les autres… La nature humaine, si tant est qu’elle existe, n’est pas que compétitive. Nous avons aussi une propension à coopérer, à éprouver de la joie d’être ensemble. Il s’agit de revenir à quelque chose de modeste, un humanisme de base qui peut parfois être jugé en deçà d’un combat, mais peu importe. Mon envie, c’est de mobiliser le maximum de personnes, d’être en dehors des a priori politiques ou idéologiques sur ce que signifie s’engager.

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« Tout ce qu’il me reste de la révolution », c’est la conviction que, si l’on continue d’accepter un système qui fabrique de l’autodestruction, si, dans les entreprises, les cadres, les n+1, n+2, etc., continuent d’appliquer des normes de management qui cassent les chaînes de solidarité, produisent de la paranoïa et humilient, quelque chose en eux va se révolter sous forme d’un pétage de plombs, d’une maladie – c’est ce qui arrive au personnage de Stéphane dans le film. Le monde de l’entreprise, en tant que paradigme, est en train de contaminer les sphères de toutes les activités humaines. C’est pourquoi il faut arrêter, parce que nous sommes tous perdants, à part 2 % de la population qui profitent de ce système-là.

Angèle est tournée vers Mai 68, c’est une référence immense et pesante. Mais comment est-elle de son époque, la nôtre ?

La quête politique d’Angèle est en même temps une quête personnelle. Pour qu’elle soit de plain-pied dans son époque, elle doit dépasser son anachronisme, elle qui se veut l’héritière des luttes des années 1970, quand on pouvait épouser une cause de façon absolue, l’engagement prenant en charge toutes les composantes de la vie. Une des clés consistait à la confronter au totalitarisme des critères imposés par le capitalisme actionnarial : la compétition et la rentabilité. Critères qui font ­barrage, contrairement à ce qui se passait en Mai 68, à un récit alternatif et à toute pensée politique.

En revanche, comme en 68, la parole est fondamentale…

Angèle ne cesse de dire qu’il faut reprendre la parole. C’est une lutte contre le désespoir de voir nos mots et notre imaginaire devenir des produits. Ils sont achetés par des think tanks qui les vident de leur sens et les revendent à des agences de communication, qui elles-mêmes les redistribuent à travers Internet et les médias. D’où la création, dans le film, d’un collectif de parole. « Tout ce qu’il nous reste de la révolution », c’est aussi d’être assis sur de petites chaises dans une école primaire en train de nous demander : qu’est-ce que cela veut dire, « quelqu’un » ?

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