Raisonnables ou responsables ?

Tout le monde se dit « pour » le climat. Mais que signifierait respecter les engagements de la COP 21 ? Défendre des objectifs « gagnables » ne s’avère-t-il pas contre-productif pour le mouvement climat ? Ne vaudrait-il pas mieux viser haut devant l’urgence ?

Les 15 et 16 mars aura lieu une nouvelle séquence internationale de fortes mobilisations pour le climat : grèves, marches, actions. Pour le climat ? Tout le monde est pour le climat, tout le monde est contre son dérèglement ou son emballement. Ces mobilisations font-elles réellement avancer la cause des actions à mener pour faire baisser nos émissions de gaz à effet de serre, font-elles réellement bouger les lignes tant qu’elles ne nomment pas ce qu’il faudrait concrètement changer dans nos sociétés, pour ne serait-ce que respecter les objectifs de l’accord de Paris ?

Le Giec (1) l’a dit : rester en dessous des + 1,5 °C est encore techniquement possible, mais représente un défi sans précédent. Qu’est-ce que cette phrase signifie ? Bref, que devraient nommer les marches et mobilisations climat comme changements, demandes, mesures, revendications concrètes permettant de relever un tel défi ?

Une étude récente (2) décrit justement ce que devrait être une trajectoire française compatible avec l’objectif 1,5 °C. Ça décoiffe ! Passer de 200 000 rénovations thermiques de logements par an en 2019 à un million d’ici à 2027, suppression dès 2022 des vols intérieurs disposant d’une alternative par la route ou le fer en moins de 4 heures, interdiction des voitures thermiques en centre urbain dès 2024, aucune nouvelle artificialisation du territoire dès 2019 figurent parmi les mesures probablement les plus faciles à faire accepter dans un catalogue saisissant, qui montre l’ampleur et la rapidité des mesures à mettre en place. Nous avons désormais une idée plus précise de ce que signifieraient, dans le système actuel, les changements permettant de respecter les objectifs de la COP 21.

Du coup, une seconde question est posée au mouvement climat : devons-nous porter de telles demandes tout en sachant que nous n’avons aujourd’hui ni le niveau de conscientisation générale pouvant les rendre acceptables ni le rapport de force nécessaire pour les faire passer ? Ou devons-nous porter des revendications plus réalistes, plus gagnables dans la situation actuelle, tout en sachant qu’elles ne permettent absolument pas de rester en dessous des + 2 °C ?

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