Chacun cherche son « grand débat »

Culture, santé, précarité : des thèmes absents des réunions publiques voulues par le gouvernement. Alors d’autres rencontres s’organisent, d’où émergent de nouvelles solidarités et des propositions.

Loin des théâtres parisiens à dorures, à Stains, en Seine-Saint-Denis, se dresse une salle de spectacle atypique. Ce mercredi 13 mars, le public afflue, mais aucune représentation n’est prévue. Non, ce soir, spectateurs et professionnels réfléchiront ensemble au théâtre, et plus généralement à la culture de demain.

Jeunes passionnés de rap, habitués de longue date, artistes ou simples curieux, chacun prend place sur les gradins, le regard tourné vers un grand écran. L’ambiance est chaleureuse, les blagues fusent, suivies d’éclats de rire. « Mais si, voyons, c’est au moins la troisième fois qu’on se voit ! » lance un spectateur à son voisin avant de lui asséner une grande tape dans le dos.

C’est en effet le troisième et dernier débat sur la culture organisé par le Studio Théâtre de Stains. « On a constaté que la culture avait été oubliée dans le “grand débat national”, donc on a décidé de faire quelque chose », nous explique la responsable de la communication du théâtre. Lors du débat organisé aux Beaux-Arts à Paris, le 5 mars, par Beaux-Arts magazine et la Fondation du patrimoine, qui a réuni essentiellement des grands noms du monde de la culture et des médias, les Stanois étaient restés sur leur faim.

Même constat du côté des associations qui prennent en charge les plus démunis. Ces absents du « grand débat » macronien ont donc décidé de prendre la parole en organisant leurs propres rencontres. « Les élus ne connaissent pas notre quotidien », « on nous prend pour des idiots », « je vends mes meubles pour payer la cantine », « mon fils dort sur un matelas gonflable »… Les plus précaires ont pu exprimer leurs difficultés et proposer des mesures concrètes grâce aux 150 débats organisés par le Secours catholique dans toute la France. « Dans le grand débat national, les intervenants parlent de quotidiens tellement différents de ceux des personnes en situation de précarité qu’elles n’y seraient pas allées, explique l’association. Il fallait leur permettre de s’exprimer. » Le Samu social de Paris et Emmaüs se sont également engagés dans la brèche pour faire entendre la voix des plus démunis.

Dans le milieu de la santé, on ne s’est pas davantage senti représenté. « Cela a choqué tous les professionnels de santé », rapporte Jacques Trévidic, président de l’intersyndicale Action praticiens hôpital (APH). Avec le ­syndicat Jeunes Médecins (JM), ils ont alors organisé dans plusieurs hôpitaux, dont La Pitié-Salpêtrière à Paris, leurs propres rencontres, réunissant des professionnels qui ne se croisaient que rarement et des usagers. « Il fallait prendre le pouls de tout le monde, explique Emanuel Loeb, président de JM. Et exprimer aussi nos inquiétudes relatives au plan santé 2022. » L’initiative s’est étendue aux services des urgences d’une dizaine de grandes villes, qui ont également proposé des discussions publiques le 12 mars.

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