De nombreux États américains censurent les enseignements sur le climat

Les lois contredisent de plus en plus les scientifiques sur la question du réchauffement climatique sous la pression de l’extrême droite américaine.

Claude-Marie Vadrot  • 13 mars 2019
Partager :
De nombreux États américains censurent les enseignements sur le climat
© crédit photo : SCOTT OLSON / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Peu à peu, en dépit des sondages et enquêtes d’opinion qui montrent que les Américains, y compris les électeurs républicains, sont de plus en plus sensibles à la réalité d’un changement climatique puisant ses origines dans les activités humaines, des États réfractaires à tout changement idéologique et écologique font voter des lois qui « encadrent » les enseignements au niveau des écoles primaires, des collèges et des lycées. Ces textes d’encadrement visent à la fois les références aux origines de l’humanité et l’évolution des conditions climatiques.

C’est ainsi que dans le Dakota, une nouvelle loi exige que chaque conseil d’école « adopte un code d’éthique » empêchant tous les enseignants du primaire et du secondaire de s’écarter des analyses locales et nationales du Parti républicain. Celles-ci définissent les positions officielles concernant le climat et l’origine du monde liées au créationnisme. C’est-à-dire une humanité ne remontant qu’à 6 000 ans. Les législateurs de la Virginie ont adopté une loi similaire en expliquant que trop d’enseignants « abusent les contribuables en captant la crédulité des élèves et en les influençant pour qu’ils adoptent des positions idéologiques et politiques en leur faisant croire, sous couvert de la justice sociale et d’autres théories sectaires, qui contreviennent aux analyses officielles ».

Exigences législatives

Dans le Maine, les nouvelles lois votées récemment rappellent qu’il est exigé des enseignants « qu’ils doivent fournir aux élèves et aux étudiants des documents expliquant les arguments et les faits, sans parti pris pour ou contre à propos du climat et des origines de l’humanité ». Le texte voté exige des professeurs que les théories controversées soient enseignées et expliquées de la même façon, notamment celles qui concernent les dérèglements climatiques. Des lois similaires ont été votées ou vont l’être prochainement dans le Montana et une quinzaine d’autres États. Et les instances fédérales, c’est-à-dire l’administration de Donald Trump, font pression dans d’autres régions. Comme pour créer une situation de fait acquis au cas où le Président ne serait pas réélu.

Les enseignants consternés

Les associations et les syndicats d’enseignants sont très préoccupés par la généralisation de ces textes de loi. Ils craignent de perdre leurs libertés d’enseigner dans une partie du pays. Ces nombreux rappels à l’ordre et une partie des réactions, pour ou contre, qu’ils suscitent, illustrent la situation, les tensions et les inquiétudes qui gagnent aussi bien des parents que la majorité des profs. Ils sont nombreux à craindre des procès et des exclusions si les esprits continuent à se radicaliser sous la pression des milieux conservateurs qui font la loi dans de nombreux conseils scolaires. En particulier sur les questions climatiques dont Trump a fait un sujet politique, en contraignant la plupart des agences fédérales à supprimer toutes les mentions de l’expression « changement climatique » dans les contenus des documents papier et sur les sites internet. Une règle que la Floride a adoptée il y a déjà plusieurs années.

Ceci face à un monde scientifique dont 97 % des experts maintiennent leur position à propos « d’une tendance au réchauffement dû aux activités humaines », comme l’a rappelé il y a quelques semaines un communiqué de l’Académie des sciences américaines expliquant aussi que l’année 2018 aux États-Unis avait été une des quatre les plus chaudes depuis la fin du XIXe siècle….

P.S. : Le conseil national américain pour l’enseignement scientifique s’est officiellement saisi de cette affaire et dénonce d’autres exemples sur son site internet.

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Partir de Gaza a sauvé mon art »
Portrait 26 juin 2026 abonné·es

« Partir de Gaza a sauvé mon art »

Mohammed Hilles est un violoniste gazaoui de 26 ans. Il y a un peu plus d’un an, il a été évacué de l’enclave palestinienne pour poursuivre ses études et sa musique en France. L’exil pour continuer de jouer. Mais à quel prix ?
Par Charlotte Gauthier
« La révolution des flamants roses » secoue l’Albanie
Europe 26 juin 2026 abonné·es

« La révolution des flamants roses » secoue l’Albanie

Depuis la fin mai, le « pays des aigles » est en ébullition. Le mégaprojet touristique de la famille Trump sur une zone naturelle protégée est devenu le symbole de la dérive corrompue et autoritaire du régime d’Edi Rama. Mais pas seulement.
Par Simon Rico
Indonésie : à Bangka, l’extraction de l’étain, noir tribut payé à nos écrans
Reportage 25 juin 2026 abonné·es

Indonésie : à Bangka, l’extraction de l’étain, noir tribut payé à nos écrans

Dans l’archipel indonésien, des travailleurs extraient l’étain dans des conditions extrêmement dangereuses. Indispensable à la fabrication des smartphones et des ordinateurs, le précieux métal s’arrache au prix de vies humaines et d’un désastre écologique.
Par Pierre Terraz et Paul Boyer
« Une improvisation la plus totale » : à Tours, la jeunesse face à l’impréparation climatique
Reportage 22 juin 2026

« Une improvisation la plus totale » : à Tours, la jeunesse face à l’impréparation climatique

Face à la multiplication et l’allongement de ces pics de chaleur, le retard pris dans l’adaptation aux phénomènes climatiques extrêmes est criant. Pour les plus jeunes, pourtant vulnérables, la vie est ralentie mais ne peut pas s’arrêter.
Par Martin Eteve