La méthode Jadot

Misant sur l’omniprésence de l’écologie dans le débat politique, le leader d’EELV ignore ses anciens alliés, et milite pour le dépassement du clivage gauche-droite. Une stratégie controversée, mais pour l’instant gagnante.

B ien entendu que les écologistes sont pour le commerce, la libre entreprise et l’innovation » ; « Nous poserons nos conditions à un contrat de gouvernement avec le prochain président de la Commission [européenne]. Si on nous propose un programme qui améliore substantiellement le fonctionnement de l’Union et les politiques européennes, alors les Verts y apporteront leur soutien. » En relisant son interview au Point du 1er mars, Yannick Jadot, tête de liste d’Europe écologie-Les Verts pour les européennes de mai, se doutait-il que ses propos sonneraient à certaines oreilles comme une trahison de la gauche, et une tentative de récupération des électeurs centristes ? Son ancien allié de la présidentielle de 2017, Benoît Hamon, candidat de Génération·s, a d’emblée attaqué : « L’écologie politique, ça ne passera pas par le fait d’être ou de gauche un jour, ou de droite un autre », tandis qu’un des cadres du mouvement confiait ensuite à Politis : « À moins que cette déclaration soit pour gagner les voix des macronistes, je ne la comprends pas. » Pas en reste, Jean-Luc Mélenchon renchérissait quelques jours plus tard sur son blog : « Yannick Jadot retourne officiellement à ses convictions libérales bien connues des adhérents d’EELV. » Mais à quelque chose, malheur est bon. Car si la polémique permet aux rivaux d’EELV d’engager la bataille à gauche pour les européennes, elle sert aussi bien l’eurodéputé, candidat à sa réélection, qui multiplie depuis les apparitions et explications dans les médias. Dans une longue interview au Monde (16 mars), il se défend : « Cela fait trente ans que je me bats contre le capitalisme financier. S’il y a un député qui a pris le leadership contre les accords de libre-échange européens, c’est moi. » Et d’obtenir une tribune pour expliquer, détailler et diffuser la ligne rigoureusement « écologiste » qu’il porte. Mais s’il a remis les points sur les i, précisant qu’il n’y aurait ni alliance avec le PPE (droite) et sans doute pas non plus avec le PSE (Parti socialiste européen), ni « tambouilles », Yannick Jadot a ressuscité chez ses alliés et ses électeurs la crainte d’un autre « ni-ni », celui du « ni gauche ni droite » prôné jadis par les écologistes.

Jusqu’au début des années 1990, il était incarné chez les Verts par Antoine Waechter, docteur en écologie. Il avait offert aux Verts de beaux succès : 3,8 % à la présidentielle de 1988, et surtout 10,6 % aux européennes de 1989. « Il est devenu l’homme fort des Verts dans un contexte où la gauche incarnée par Mitterrand décevait et où l’écologie politique répondait à plusieurs catastrophes écologiques », analyse l’historien Alexis Vrignon. À l’époque, l’opinion se préoccupait des pluies acides, du trou de la couche d’ozone, de la disparition de la mer d’Aral… Depuis, les signaux d’alarme sont devenus pléthore : épisodes caniculaires, multiplication des cyclones, biodiversité en danger, alertes et recommandations du Giec ignorés par les gouvernants alors que le point de non-retour sera atteint autour de 2030, lycéens – et citoyens – mobilisés en masse contre le réchauffement climatique, pétition de l’Affaire du siècle, porteuse d’un recours en justice contre l’inaction de l’État, et qui a été signée par plus de deux millions de personnes… Et surtout : la gauche est atone, divisée, incapable de se remettre des ravages de l’ouragan (politique, cette fois) qu’ont été la faillite du quinquennat Hollande et l’élection d’Emmanuel Macron.

Il reste 61% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents