Dossier : Domination masculine : Ça ne passe plus

Ligue du LOL : « Des formes policières de rappel à la norme dominante »

Elsa Dorlin analyse les processus de pouvoir mis au jour dans l’affaire de la Ligue du LOL et les situe historiquement.

La philosophe Elsa Dorlin (1) travaille sur l’histoire et la construction sociale des systèmes de domination. Ses recherches proposent une perspective intersectionnelle, refusant d’isoler par exemple les normes relatives aux genres, aux classes ou aux races, pour mettre au jour les divers rapports de pouvoir. Son premier ouvrage retraçait ainsi avec brio l’importance de ces questions pour la construction de la nation française (2). Elle analyse ici les comportements des membres de la Ligue du LOL, en montrant qu’ils traduisent une norme dominante implicite et reflètent un système de domination ancien et bien « ancré historiquement ».

Les révélations sur la Ligue du LOL ont mis en lumière un sexisme de pouvoir, blanc, éduqué, travaillant dans des médias souvent classés à gauche. Est-ce là un « nouveau » machisme ?

Elsa Dorlin : Ce type de comportements n’est en rien nouveau. Il s’agit, selon moi, d’une mutation contemporaine d’un rapport de pouvoir multiséculaire, que je ne pourrais même pas dater tellement il est ancien et historiquement bien ancré. En revanche, la nouveauté réside peut-être dans la façon dont cette affaire a été perçue : cela semble nouveau à cause de la médiatisation sans précédent dont elle a été l’objet !

Cette Ligue du LOL harcelait et agressait aussi des personnes homosexuelles, lesbiennes ou membres de minorités dites visibles, ou plutôt racisées. Cela est-il si étonnant ?

C’est surtout tout à fait cohérent ! Ces comportements sont en rapport avec une norme dominante, qu’ils révèlent. Mais ce qui est intéressant, par rapport à cette norme de domination, c’est qu’il n’y a pas de définition positive des vies qu’elle désigne. En revanche, on sait très bien quelles sont les vies ciblées, car supposées être « hors norme » : ce sont celles qui sont vulnérables, susceptibles d’être agressées de façon licite (je ne parle pas de droit ici). Cela révèle les caractéristiques des existences appartenant aux dominants : il s’agit d’une masculinité blanche, hétérosexuelle, de tradition catholique (pour le dire vite) et bourgeoise. Cette affaire est donc venue rappeler qu’il existe un système de domination qui fonctionne dans la définition négative d’une norme dominante. Et tout ce qui n’appartient pas à cette norme est vulnérable, susceptible d’être souillé, attaqué, injurié. Ce qui est apparu clairement, ce sont des formes de souillure sociale.

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