Dossier : La frontière tue

Migrants : À travers la montagne, des pièges souvent cruels

À Briançon, le Refuge solidaire accueille les migrants après leur périple, rendu périlleux par les conditions géographiques mais aussi des contrôles policiers accrus. Reportage.

Les migrants qui passent par le refuge de nuit d’Oulx, dans le val de Suse (Italie), ne peuvent l’ignorer. Au beau milieu du dortoir de fortune installé dans des locaux mis à disposition par la mairie et géré par une fondation catholique, une pile de tracts les prévient du « danger » qu’ils encourent. Le mot est imprimé en rouge et caractères gras sur un fond bleu où se détache la silhouette noire d’un randonneur en pleine ascension au-dessus duquel plane une tête de mort. De brefs messages en anglais, français, italien, arabe et amharique précisent la nature du « danger de mort » : « La montagne en hiver est dangereuse. Risque de gelures et de froid extrême, de se perdre ou de mourir d’épuisement. » L’avertissement, assorti d’une mise en garde contre les « passeurs », qualifiés d’« arnaque »« Le passage de la montagne est dangereux et non garanti même si vous payez » –, se veut dissuasif et les prie de faire « demi-tour ». En vain.

Depuis l’été 2017, date à laquelle la militarisation de la frontière dans la vallée de la Roya (Alpes-Maritimes) les a poussés à chercher un passage plus au nord, nombreux sont les migrants à tenter de gagner la France depuis cette haute vallée du Piémont vers le Briançonnais. Été comme hiver. Les bénévoles du Refuge solidaire de Briançon (Hautes-Alpes), créé cet été-là, annoncent avoir hébergé depuis quelque 7 000 réfugiés et servir 50 000 repas par an. Jusqu’à l’hiver dernier, c’est depuis la station italienne de Bardonecchia qu’ils franchissaient la frontière, via la petite route du col de l’Échelle, fermée à la circulation en hiver. C’est désormais depuis Oulx, où ils arrivent en train de Milan ou de Turin, qu’ils gagnent en bus la station frontalière de Claviere, d’où ils partent à pied, le plus souvent à la nuit tombée et à travers bois, en direction de Briançon en passant par le col et la station de Montgenèvre, en tentant d’éviter les contrôles de la police aux frontières (PAF) et les patrouilles de gendarmerie qui les refoulent parfois sans ménagement.

Ce système de contrôle à la frontière « fait courir des risques énormes aux migrants », déplore la députée européenne (EELV) Michèle Rivasi, venue le constater. Quatre décès ont été enregistrés dans le Briançonnais ; davantage côté italien, nous assure-t-on. Dernier drame en date, Tamimou Derman, un jeune Togolais de 28 ans, a été retrouvé inanimé dans la nuit du 6 au 7 février par un chauffeur routier, le long de la route nationale entre Montgenèvre et Briançon. L’institut médico-légal a conclu à « une probable mort par hypothermie ».

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