Espagne : L’extrême droite impose son tempo

Ce dimanche 28 avril, les Espagnols élisent leur nouveau Congrès des députés, à l’issue d’une campagne rythmée par les provocations de Vox, qui contaminent les autres partis de droite.

Comment parler de l’extrême droite ? Faut-il relayer ses propositions ? L’inviter sur les plateaux ? Ces questions ont traversé les paysages médiatiques de nombreux pays européens, dont la France. Elles sont désormais à l’agenda des journalistes espagnols, à quelques jours des élections générales du 28 avril. Le tournant semble déjà écrit, et il est inédit depuis la fin du franquisme : l’entrée au Parlement national d’un parti d’extrême droite, Vox. Trois lettres qui bousculent le panorama politique depuis le 7 octobre 2018, lorsqu’elles ont attiré près de 10 000 personnes en meeting au palais de Vistalegre, à Madrid. À partir de ce jour, l’actualité s’est mise à tourner autour d’elles. Et comme souvent en Espagne, tout est allé très vite.

Le 2 décembre, Vox fait son entrée au parlement d’Andalousie (10,96 % des voix, 12 sièges). Pour obtenir la majorité absolue et renverser le gouvernement régional socialiste, Ciudadanos et le Parti populaire (PP) s’allient avec lui. Le 10 février, ces trois partis de droite réunissent 45 000 personnes à Madrid pour une manifestation contre le chef du gouvernement socialiste (PSOE), Pedro Sánchez. Cinq jours plus tard, et après que son budget 2019 a été retoqué, Sánchez convoque de nouvelles élections générales.

Comme en Andalousie, le tempo de la campagne des législatives est dominé par Vox. Le parti s’impose dans les flux d’informations en les remplissant de déclarations, parfois scandaleuses, qui retiennent l’attention des chaînes et des réseaux sociaux. La séquence dite des armes à feu en dit long sur l’efficacité de cette stratégie. Sur un site Internet consacré aux armes, le leader de Vox, Santiago Abascal, propose que « les Espagnols sans antécédents et en pleine possession de leurs facultés mentales puissent disposer d’une arme chez eux » afin de pouvoir « l’utiliser lors de situations menaçantes sans se confronter à un enfer judiciaire ». La bombe est lancée : les réseaux commentent, les médias s’emparent du sujet, les autres partis réagissent. L’épisode devient un des marqueurs de la campagne, alors même que la proposition n’a pas de sens en Espagne – la société ne le demande pas et le pays est l’un des plus sûrs d’Europe.

D’après le dernier baromètre du Centre de recherches sociologiques, 61,8 % des Espagnols considèrent que le principal problème du pays est le chômage. Pourtant, Abascal s’y arrête rarement. Dans une interview au journal conservateur ABC, il est bien interrogé sur l’immigration, la Catalogne, la droite, ses alliés européens. Rien, en revanche, sur la lutte contre le chômage. Le mot « corruption » n’apparaît même pas dans son programme, alors que 33,3 % des Espagnols la pointent comme un souci majeur. Elle est indirectement à l’origine de la chute du précédent gouvernement Rajoy, en juin 2018. Le thème est absent de la campagne et Vox en parle peu.

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