Les cours d'eau européens gravement pollués par des produits agricoles interdits

Une étude anglaise a détecté dans 29 fleuves et rivières d'Europe 103 pesticides, dont 24 sont prohibés dans l'Union européenne. La responsable : l'agriculture intensive.

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Au mois de juin, la revue anglaise Science of the Total Environnement publiera une étude sur les pollutions chimiques d’origine agricole des fleuves, des rivières et des canaux européens. La recherche a été menée par les scientifiques du laboratoire de Greenpeace, hébergé par l’université anglaise d’Exeter, qui a vérifié ce travail avant publication. Elle pointe la responsabilité de l’agriculture intensive.

Les chercheurs ont mené leurs investigations en prélevant de nombreux échantillons dans 29 cours d’eau répartis dans dix pays européens (Autriche, Belgique, Allemagne, Danemark, France, Italie, Pays-Bas, Pologne, Espagne et Royaume-Uni). Leurs recherches portaient sur l’identification par chromatographie de 275 pesticides et 101 produits vétérinaires. Ils ont mis en évidence la présence effective de 103 de ces pesticides.

Non seulement ont-ils trouvé des résidus de pesticides dans tous les échantillons, mais sur les 103 qu’ils ont identifiés, 24 sont des produits interdits à la vente et à l’utilisation depuis des années dans les pays appartenant à l’Union européenne. La moitié sont des herbicides, l'autre moitié essentiellement des fongicides et des insecticides.

Antibiotiques

En ce qui concerne les substances vétérinaires, ils en ont identifié 21 dans la plupart des cours d’eau et des canaux, essentiellement des antibiotiques. La plupart d'entre eux ne sont pas entièrement détruits par les systèmes digestifs des animaux auxquels ils sont administrés, parfois à haute dose, ce qui leur permet d’être dispersés dans la nature par leurs excréments ; et ils contaminent les fumiers qui sont épandus comme engrais dans les champs et gagnent ensuite les nappes superficielles et les rivières par ruissellement. La majeure partie de ces produits peuvent parvenir, sans être remarqués ni filtrés par les stations d’épuration, dans le circuit des eaux potables.

Cet envahissement de plus en plus important, auquel n’échappe pratiquement aucun cours d’eau, représente des risques pour la biodiversité et la santé humaine, particulièrement dans les petites rivières où les produits agrochimiques et les résidus médicamenteux sont beaucoup moins dilués que dans les fleuves.

Le problème, ajoute le rapport, ne peut être résolu qu’en éliminant ou en réduisant l’usage de ces substances et donc en optimisant les cultures et les élevages. L'étude met en évidence un besoin urgent pour les agriculteurs et les responsables des politiques agricoles de mettre en œuvre une politique menant à des pratiques de culture et d’élevage durables.


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