Dossier : Europe : Comment désintoxiquer l'agriculture ?

Pesticides : Comment soustraire l’Europe à son addiction ?

La bataille a commencé pour que la nouvelle politique agricole commune soit libérée des lobbys et promeuve un modèle faisant primer la santé de la population.

Depuis plusieurs semaines, les jeunes Européens foulent le sol de leurs villes en criant leur colère et leur désarroi devant l’inaction des États pour endiguer le réchauffement climatique. Mais les slogans s’intéressent aussi à l’état des sols européens, des champs, des aliments. Et à juste titre ! En janvier dernier, une étude néerlandaise publiée dans la revue Science of the Total Environment révélait la présence de 76 pesticides sur 83 % des terrains agricoles collectés en 2015 dans onze pays de l’Union européenne (1). Sans surprise, parmi les résidus les plus détectés se trouve le glyphosate, la molécule active du Roundup.

© Politis

La longue bataille autour de la prolongation de la licence de l’herbicide controversé a révélé au grand public les problèmes environnementaux, sanitaires et démocratiques liés à l’utilisation généralisée des pesticides. « Les citoyens se sont approprié le débat sur les pesticides à travers celui sur le glyphosate et, aujourd’hui, il est évident qu’on en sortira même si la FNSEA (2) traîne encore des pieds. La question suivante sera : comment ? Il faut notamment accompagner les politiques publiques de recherche pour qu’elles deviennent non dépendantes de la chimie », résume Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne.

L’initiative citoyenne européenne (ICE), signée par plus d’un million d’Européens, demandant l’interdiction de tout produit contenant du glyphosate ainsi qu’une transparence plus radicale sur l’évaluation scientifique des pesticides a fait (un peu) pression sur la Commission européenne. Même si l’UE a finalement autorisé de nouveau le glyphosate pour cinq ans en novembre 2017, la Commission spéciale sur les pesticides (Pest) a demandé une étude épidémiologique et proposé de nouvelles règles pour en finir avec l’influence des lobbys industriels. Une tendance confirmée le mois dernier par le tribunal de l’UE, qui a affirmé que les études des fabricants de pesticides devaient être rendues publiques.

« Depuis cinquante ans, c’est l’agrochimie qui a pris la main sur le modèle agricole et, aujourd’hui, le monde du vivant est concentré autour de trois grandes multinationales : Bayer, Syngenta, DowDuPont. La seule façon d’inverser le processus, c’est de remettre du politique par le droit, par la loi, décrypte Éric Andrieu, eurodéputé socialiste qui a présidé la commission Pest. Entre la financiarisation de l’agriculture et la santé, j’ai choisi mon camp : il faut que la santé donne l’orientation de l’aliment, qui donne l’orientation de l’agriculture. Pas l’inverse. » Une vision politique pas vraiment en adéquation avec le modèle dominant de l’agriculture européenne, soigneusement entretenu grâce à la politique agricole commune (PAC), qui représente 38 % du budget global de l’UE, soit 58 milliards d’euros par an.

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