Dossier : Europe : Comment désintoxiquer l'agriculture ?

Traiter moins pour gagner plus

Le revenu agricole augmente quand on réduit les pesticides et les engrais : les recherches menées à Chizé par le CNRS renversent les dogmes agricoles dominants mais peinent à diffuser. Reportage.

S’installer à son compte : c’était son rêve de jeune ouvrier agricole solognot. En 2000, Guillaume Riou saisit une occasion à Marigny, 120 hectares au sud de Niort. Mais sa fibre écolo s’accommode mal des convictions productivistes de son prédécesseur : élevage intensif – 50 vaches charolaises sur trois hectares –, et maïs fortement irrigué, un pur forçage sur ces terrains calcaires pauvres qui ne gardent pas l’eau, et dont la perméabilité facilite le lessivage par les engrais azotés. « Et puis après quatre décennies de croissance des rendements, c’est l’époque où l’on constate un plafonnement, en dépit de nouvelles variétés de semences, des OGM, de méthodes de gestion de l’azote, etc. »

Le néo-Poitevin entreprend alors « d’extensifier » la conduite son exploitation. Arrêt des cultures en bordure de la rivière, plan de gestion des haies, réduction des engrais azotés. Il se défait des charolaises, remplacées par une quinzaine de limousines locales. La crise hydrique de 2005 le pousse à accélérer l’abandon du maïs. « Surprise pour moi, étape par étape, l’abandon des pratiques intensives ne générait aucune baisse de mes revenus ! »

Guillaume Riou l’ignorait alors, mais dix kilomètres plus au sud, le Centre d’études biologiques de Chizé (CEBC) engageait alors une série d’expériences à grande échelle qui allaient étayer scientifiquement sa constatation empirique. Cet établissement du CNRS, qui étudie les conditions d’évolution de l’agriculture sur une superficie de 45 000 hectares (la zone atelier « Plaine & Val de Sèvre »), saisit immédiatement l’intérêt du plan Écophyto, lancé après le Grenelle de l’environnement de 2007. « Ce programme, qui ambitionnait une division par deux des quantités de pesticides utilisés dans l’agriculture à l’horizon 2018 (1), installait un cadre de politique publique dont la vocation était de provoquer une mutation des pratiques agricoles », raconte Vincent Bretagnolle, directeur la zone atelier et directeur de recherche au CNRS.

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