Yvan Le Bolloc’h, guitare au poing

Dans la préparation d’un nouvel album flamenco, l’artiste et auteur, également connu comme comédien et animateur de télévision, poursuit un travail intimement lié à l’engagement.

Esperanza. Tel est le titre du nouvel album du groupe Ma guitare s’appelle reviens, porté par Yvan Le Bolloc’h. Chant, cordes, basses et percussions. Comme les précédents, un disque de rumba flamenca, cette variété de flamenco rythmée en quatre temps. « C’est la varièt’ la plus populaire, celle qui a aussi fait les plus grands succès de Paco de Lucia », s’enthousiasme le musicien depuis sa péniche amarrée sur un quai de la Seine, saisissant sa guitare pour une démonstration.

Esperanza, enregistré à Sérignan, près de Béziers, ce sont dix morceaux riches d’influences qui vont des Gipsy Kings à Sting en passant par Barry White. « Ça reste des guitares en bois et des chanteurs en or. Après, la réalisation d’un album, c’est toujours un miracle, des compositions qui nous sont arrivées comme des cadeaux. » L’autre miracle pourrait venir du mode de production : « On aurait pu se lancer dans un crédit forain ou privatiser les Aéroports de Paris, finalement on a choisi la plateforme Ulule (1) pour un financement participatif par des camarades investisseurs prêts à lever la main pour une musique de bohémiens. »

Pour qui est arrivé sur le tard à la musique, par défi amoureux, quand il a rencontré sa femme, Anouchka, alors comédienne, musicienne, danseuse et chanteuse, il y a trente ans, pour qui s’appelle Le Bolloc’h, patronyme fleurant le granit et les embruns, on peut se demander pourquoi la rumba flamenca, pas vraiment chouchen comme musique. « Certes, mais le Breton est voyageur ! répond l’artiste. Ce qui m’attache, c’est le frisson, l’émotion, ce mélange de rage et de mélancolie qui se dégage comme la dernière fierté d’un peuple ostracisé, relégué à la périphérie de nos vies et de nos villes. Et j’ai choisi la guitare sans doute parce que, pour ma mère, la musique, c’était Elvis et la guitare. » Non sans mal au début : il est arythmique. « Je suis parti du fond du couloir ! » Mais, obstiné façon Breton, l’autodidacte s’accroche.

Yvan Le Bolloc’h est né à Brest en 1961, dans le quartier populaire de Saint-Marc. Un quartier de béton austère, avec grises façades suintant l’humidité, survolé par les mouettes, maillé de marins en goguette, de prostituées dont le mouflet est le chouchou quand il descend du 5e étage pour aller chercher son lait ribot. Son père est ouvrier du livre, chef de fabrication, militant communiste, délégué syndical à la CGT, sa mère a été coiffeuse avant de raccrocher les ciseaux. Puis la famille suit le père en banlieue parisienne, à Villemomble, celui-ci travaillant notamment aux éditions La Farandole et à L’Aurore (croisant alors Pierre Desproges), avant de quitter le quotidien quand on lui demande de réorganiser le travail avec moins de personnel.

Nouvelle installation à Bar-le-Duc. Chaque dimanche, Yvan accompagne son père vendre l’Huma, assis sur le devant de la bécane, sillonnant les marchés. Il n’y a guère de flèches dans la turne. Le mouflet apprend à chiper dans les magasins avec sa mère, de quoi croûter, mais aussi écouter de la musique en fauchant la première chaîne stéréo Philips. « On sortait du magasin en méprisant les caisses. C’est vite devenu du vol à l’échelle industrielle ! » Encore faut-il courir fissa. Quand mère et fils se font gauler, c’est la prestance paternelle qui sauve la baraque.

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