Cinéma : « Les spectateurs sont aussi des citoyens »

La programmation de l’Acid sur la Croisette est une proposition esthétique forte autant que la manifestation d’un engagement en faveur de films à l’économie modeste. Son coprésident et sa déléguée générale exposent ici ses combats.

À Cannes, la présence de l’Acid, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion, est désormais bien instituée, et sa programmation, toujours très remarquée, affirme des choix hors des sentiers battus. Ce collectif de cinéastes s’engage sur des films pour faciliter leur visibilité et soutenir leur sortie dans les salles, notamment à travers de nombreux débats. Tout au long de l’année, l’Acid exerce ainsi un rôle précieux dans un marché cinématographique encombré et déséquilibré. Explications, avec Idir Serghine, cinéaste et coprésident de l’Acid, et Fabienne Hanclot, sa déléguée générale.

Une vingtaine de films sortent chaque semaine. Y a-t-il trop de films, comme certains le prétendent ?

Fabienne Hanclot : Non. Lesquels enlèverait-on d’ailleurs ? Certains estiment qu’il y a trop de « petits » films, comme ils disent. Ceux-ci représentent 300 films sur 700 produits par an. Mais ils occupent très peu d’espace : 4 % des salles. Si on supprime les « petits », on écrase le renouvellement de l’écosystème. Le cinéma se renouvelle avec l’émergence d’un ou deux cinéastes qui sortent du lot. C’est comme un laboratoire de recherche-développement.

Sur la quantité de films produits, on constate cependant que beaucoup se ressemblent…

F. H. : À l’Acid, nous nous en rendons compte avec les films que nous recevons pour Cannes. C’est chaque année très riche en documentaire, et beaucoup moins en fiction. À cause des processus de financement de la fiction qui formatent.

Idir Serghine : En fiction, nous devons passer par des résidences ou des laboratoires d’écriture où la liberté n’est pas toujours au ­rendez-vous. On arrive avec un désir très fort, une idée singulière, et on nous demande de remettre le projet sur des rails, qui sont souvent des recettes de récit. Or ces recettes de récit sont archiconnues : installer une tension d’emblée, donner rapidement des informations sur les personnages, poser les enjeux dès les dix premières minutes… Le fait d’être passé par ces résidences ou laboratoires d’écriture rassure les financeurs.

De quelle nature est le regard que pose l’Acid sur les films pour les choisir et les aider ?

I. S. : Il est fait de plusieurs éléments composites. L’indépendance est un critère déterminant, qui est lié à la taille d’un budget, la plupart du temps modeste. Peu ou pas de vedettes au casting, cela signifie peu ou pas de chaînes de télévision. C’est un choix d’auteur afin de ne pas sacrifier sa liberté. Par ailleurs, dans notre collectif de cinéastes, nous avons chacun une vision du cinéma. Et nous sommes tous exigeants sur ce qu’on entend par un travail cinématographique. Nos échanges, nos accords et nos désaccords nous portent vers une cinématographie qui nous amène à penser. C’est un lieu commun de dire que toutes les histoires ont été racontées. Mais ce qui nous intéresse, c’est la singularité du point de vue. C’est ainsi que nous choisissons les films.

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