Flic et de gauche, « une prise de risque »

En accord avec leurs convictions, des policiers tentent d’infléchir les pratiques en vigueur ou de résister aux consignes. Mais découragement et autocensure finissent souvent par les rattraper.

Romain Haillard  et  Oriane Mollaret  • 1 mai 2019 abonné·es
Flic et de gauche, « une prise de risque »
© photo : Rassemblement de « policiers en colère », le 20 décembre 2018, sur les Champs-Élysées. crédit : Laure Boyer/Hans Lucas/AFP

Comment bloquer une banque ? Comment donner du fil à retordre aux forces de l’ordre ? Dans les locaux de Greenpeace, on forme à la désobéissance civile à tour de bras. Technique de la chenille, du tapis ou du poids mort, simulation d’arrestation… Max (1) se prête au jeu sans rechigner, il connaît les règles mieux que quiconque : il est flic.

« Flics, porcs, assassins ! », « Tout le monde déteste la police ! », « Suicidez-vous ! » Ces slogans, Max, 37 ans, les a souvent entendus depuis ses premières expériences de manifestant au lycée. Il y a neuf ans, il passe de l’autre côté de la barricade pour endosser l’uniforme bleu marine. Un rêve de gosse, mais aussi un choix militant pour « faire bouger les choses de l’intérieur ». « J’essaie de concilier mon métier et mes valeurs de gauche, c’est-à-dire l’humanisme, la solidarité, l’internationalisme, la liberté… explique-t-il en entrant dans un café. À la fin de la journée, il faut que je sois capable de me regarder dans la glace et de me dire que je suis fier de ce que j’ai fait au regard de mes convictions. »

Ici et là, comme Max, des policiers essaient de se battre pour une police plus humaine, plus proche de la population et contre la répression systématique. Si l’intention est louable, il n’est pas facile d’être un flic de gauche dans ce milieu. À la dernière présidentielle, la moitié des collègues de Max ont voté à l’extrême droite, d’après une enquête du Cevipof de 2017.

À le regarder tranquillement installé devant une limonade, la voix posée et le regard franc, on a du mal à imaginer Max parti en croisade pour changer la police de l’intérieur. Et pourtant. « Nous, les OPJ [officiers de police judiciaire], nous avons du pouvoir, sourit-il. Par exemple, c’est nous qui décidons de placer en garde à vue ou non. Dans mon service, nous avons un accord tacite : nous n’envoyons pas les personnes sans-papiers en centre de rétention. Nous devons faire comme si ces personnes n’avaient jamais existé. C’est une vraie

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Société Police / Justice
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