La rose impossible d’André Breton

Au cœur du Lot, la maison du poète surréaliste, à Saint-Cirq-Lapopie, connaît un nouvel élan sous la houlette de Laurent Doucet. Découverte d’un lieu unique chargé d’histoire(s).

Saint-Cirq-Lapopie, Lot. À trois encablures de Cahors. Un village médiéval au bout d’une route qui serpente entre la rivière et les falaises blanches, dominé par une église, installé sur un rocher en forme de mamelle. Un entrelacs de ruelles, de portes fortifiées, d’escaliers irréguliers, de fenêtres trilobées, de chemins en cascade, de jardins intimes, de terrasses ombragées. Depuis le Moyen Âge, pas grand-chose n’a bougé. Perché, Saint-Cirq se veut marié à l’antan, arc-bouté sur le jadis. Sa beauté semble refuser d’abdiquer.

Dans le dégradé de bruns et d’ocres chauds, place du Carol, une maison massive surmontée d’une tour bâtie au XIIe siècle par une famille seigneuriale chargée de contrôler tout passage sur le Lot et d’imposer l’octroi. Au fil des siècles, plusieurs corps de bâti se sont ajoutés pour former une maison presque labyrinthique, sur différents niveaux. Devant la porte, un pavage fait de galets ramassés dans la rivière. À l’intérieur, une vaste table, de petites lampes, un bureau, un vase au-dessus d’une cheminée, un verre à pied dépoli, des dessins, un piaf dégarni à moitié empaillé, un vieux tabouret, un paravent coloré garni de collages, d’étonnantes pierres creusées et des galets jonchant l’escalier raide qui mène à l’étage, une baignoire sur pied, le crâne d’un animal, un plein paquet d’objets curieux, de vieilles malles. Sur l’une est encore collée une étiquette : « Monsieur André Breton, Saint-Cirq La Popie, Lot. Ex : A. Breton, 42 rue Fontaine Paris. » Depuis les fenêtres, vue spectaculaire sur la vallée. En contrebas, le Lot s’attarde à lécher la falaise. Des bancs de sable s’effilochent le long des courbes mutines.

« C’est au terme de la promenade en voiture qui consacrait, en juin 1950, l’ouverture de la première route mondiale – seule route de l’espérance – que Saint-Cirq embrasée aux feux de Bengale m’est apparue comme une rose impossible dans la nuit, écrira plus tard Breton. Cela dut tenir du coup de foudre si je songe que le matin suivant je revenais dans la tentation de me poser au cœur de cette fleur : merveille, elle avait cessé de flamber, mais restait intacte. Par-delà d’autres nuits – d’Amérique, d’Europe –, Saint-Cirq a disposé sur moi du seul enchantement : celui qui fixe à jamais. J’ai cessé de me désirer ailleurs. »

Pour un coup de foudre, c’en fut un. L’amour fou, pour reprendre un titre du poète, qui acquiert cette demeure ancestrale, baptisée l’auberge des Mariniers, ancienne propriété du peintre post-impressionniste Henri Martin, quelques mois après avoir découvert le village. Il est alors invité, au moment des feux de la Saint-Jean, par le mouvement des Citoyens du monde, initié par l’ancien aviateur américain Garry Davis, militant pacifiste. Après d’importants travaux d’aménagement, selon la disponibilité des artisans du cru, André Breton ne cessera de s’y rendre, principalement l’été, jusqu’à la fin de sa vie, en 1966, quand il est saisi d’une violente crise d’asthme, rapatrié à Paris en ambulance, en compagnie d’Elisa, sa femme, et de Radovan Ivsic, également poète – c’est à lui que l’on doit les dernières photographies de Breton et le témoignage de ces jours. L’auteur de Nadja meurt le lendemain de son arrivée dans la capitale.

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