LO : un cavalier rouge, et seul

Malgré le soutien du NPA pour les européennes, le parti trotskiste refuse toute comparaison avec les autres formations de gauche.

Agathe Mercante  • 22 mai 2019 abonné·es
LO : un cavalier rouge, et seul
© photo : Nathalie Arthaud et Arlette Laguiller en meeting à la Mutualité, le 10 mai.crédit : Juliette PAVY/Hans Lucas/AFP

O n lâche rien ! » À l’image des slogans entonnés dans leurs cortèges, les militants et les dirigeants de Lutte ouvrière ne lâcheront rien pour les élections européennes. Nathalie Arthaud, porte-parole du parti trotskiste et tête de liste pour le 26 mai, ne fait pas de concessions. Exit les perspectives d’alliances avec les autres partis issus du marxisme, LO n’accepte tout au plus que le soutien du Nouveau Parti anticapitaliste, qui passe son tour pour ce scrutin… mais sans alliances. 

« Le NPA voulait une campagne mêlant une série de revendications sociales, écologistes et sociétales avec le mot d’ordre “contre les traités européens”. Nous, nous sommes contre le grand capital », expliquait-elle en marge de son meeting à la Mutualité, le 29 mars. Une pureté idéologique et politique que LO maintient. « Les autres partis de gauche sont peut-être tous anticapitalistes sur le papier, mais jamais on ne les entend dénoncer la rapacité du capitalisme », rappelle-t-elle. 

Et à ceux qui dénonceraient l’ordo-libéralisme incarné par l’Union européenne et la question de l’exil fiscal, Nathalie Arthaud répond : « L’exil fiscal, c’est la cerise sur le gâteau, c’est le fruit de générations et de générations de capitalisme. » LO plaide pour renverser le modèle. Et souhaite être « la voix de celles et ceux qui considèrent que le capitalisme ne représente pas l’avenir, mais le passé », rappelait Arlette Laguiller, le 10 mai. LO veut s’attaquer à « la société bourgeoise » et plaide pour des « États-Unis socialistes d’Europe ». À l’image des autres partis de gauche, convertis plus ou moins récemment à l’écologie politique, le discours a été verdi. « L’avenir de la planète fait partie de nos préoccupations. Il s’agit d’un problème collectif, il s’agit de l’énergie, des déplacements, de ce que l’on produit… Qui décide ? Les grands groupes capitalistes qui pensent “après moi le déluge”. On le mesure après chaque catastrophe écologique », a rappelé Nathalie Arthaud.

Crédité de 1 % des intentions de vote, le parti révolutionnaire n’entend pas créer la surprise. « Nos idées sont comprises, les gens ont de la sympathie pour nous mais ça ne se verra pas dans le vote », annonce d’emblée sa tête de liste. Loin de la barre des 5 % nécessaires pour élire des eurodéputés, LO n’atteindra pas les 3 % requis pour voir sa campagne remboursée. « On n’attend rien de l’État, on mène notre campagne en toute indépendance avec nos sous, et sans la bourgeoisie. » 

Dans un contexte de colère sociale, comment expliquer que les partis au service des travailleurs ne parviennent pas à l’agréger ? « Les gilets jaunes ne remettent pas le capitalisme en question », justifie Nathalie Arthaud. Laurent-David Samama, auteur du livre Les Petits Matins rouges (1), avance, dans une interview à Marianne, une autre hypothèse : « Le charme des trots’ est qu’ils sont très attentifs à toutes les luttes, mais qu’ils sont également de sempiternels “losers magnifiques” […]_. De fait, les trotskistes ratent souvent le train de l’histoire. »_ Ils ratent peut-être le train, mais leur loco roule toujours.


(1) Éditions de l’Observatoire.

Politique
Temps de lecture : 3 minutes

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