New Look : Liquidation à l’anglaise

La chute spectaculaire de la filiale française du groupe d’habillement New Look, dans une opacité savamment entretenue, laisse les salariés dans l’incertitude sur leur avenir.

New Look se débarrasse de sa filiale française. Les 429 salariés l’ont brutalement compris en septembre et viennent de mesurer l’urgence de la situation en découvrant, trois jours seulement avant le placement de l’entreprise en redressement judiciaire, le 26 mars, une dette abyssale que leur cachait la direction.

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La brutalité de l’annonce et la rapidité avec laquelle la trésorerie française a plongé dans l’abîme soulèvent une montagne de questions. Pour les salariés, laissés dans le flou, mais aussi pour la puissance publique. Car c’est aujourd’hui la solidarité nationale qui, via le régime de garantie des salaires, paye une partie des salaires pendant qu’un mandataire judiciaire cherche des repreneurs. En cas de liquidation, c’est ce même fonds qui pourrait régler les indemnités de licenciement des salariés. C’est l’une des raisons pour lesquelles des multinationales trafiquent parfois leurs comptes pour noircir le tableau et précipiter leur propre chute. Rien, pour l’heure, ne permet d’affirmer qu’un tel plan a été déployé chez New Look. Mais le silence de la direction anglaise du groupe témoigne, a minima, d’une gêne.

L’horizon s’assombrit pour New Look à partir de 2014, et un plan d’économies est déployé en 2017 avec de nombreuses fermetures de magasins dans le monde, au moment où l’érosion des ventes en boutique n’est plus compensée par la hausse des commandes sur Internet. Subitement, la rentabilité de la branche française s’effondre : alors que le chiffre d’affaires baisse de 13 % entre mars 2017 et mars 2018, le résultat net chute, lui, de… 1 874 % ! Impossible de faire la lumière sur ces chiffres spectaculaires, même pour les experts-comptables nommés par les salariés, dont Politis a pu consulter le rapport intermédiaire. Car la direction anglaise, qui pilote à distance la comptabilité des magasins français, ne livre pas d’explications détaillées. Ses chiffres sont d’ailleurs sujets à caution, car New Look n’a toujours pas déposé ses comptes certifiés pour l’année 2017, en dépit de l’obligation légale.

C’est l’autre élément qui interpelle : l’opacité. Savamment organisée par le fonds sud-africain Brait à travers une cascade de holdings passant par trois paradis fiscaux (Malte, Maurice et Jersey, voir infographie ci-dessous), qui ne correspond en rien au cheminement réel de la marchandise. Et entretenue à tous les échelons de la multinationale par une absence totale de dialogue avec les salariés.

En Belgique, il a fallu dix minutes au directeur par intérim nommé par les Anglais pour annoncer, le 16 janvier, la fermeture de six magasins et le licenciement de 110 salariés. Les portes des magasins étaient closes cinq jours plus tard et le salaire du mois entamé ne sera pas versé. « Même le directeur belge ne s’y attendait pas, souffle Grégory Gielis, ancien directeur de magasin à Bruxelles et représentant du personnel. Nous n’avions accès ni aux baux commerciaux ni aux comptes. Nous étions baignés dans un flou rassurant, puisque nous voyions sur les comptes d’exploitation que nous étions rentables. C’est tombé sur nous comme une bombe. »

© Politis

La direction ne livre pas non plus d’explications sur les chiffres catastrophiques de certains magasins français, qui affichent des pertes à plus de 500 000 euros avec des chutes de rentabilité allant de 100 % à 1 000 % en une seule année. Les magasins ne décident ni du contenu de leurs rayons ni des prix à appliquer. Or, selon plusieurs témoignages de salariés, depuis quelques semaines, les camions en provenance d’Angleterre étaient moins garnis que d’habitude, et les cartons recelaient surtout de vieilles collections invendues. New Look semble écouler son rebut en France. « J’ai vu des produits datant parfois de 2016 arriver à partir de début mars. Nous sommes la poubelle », soupire Moussa Koita, délégué du personnel SUD. L’Angleterre impose en outre des ristournes importantes à ses magasins français, à la limite de la vente à perte.

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