Six mois de tension signée Macron

Face aux manifestants, gilets jaunes ou militants syndicaux comme lors du 1er mai, le pouvoir assume une escalade de la violence, sans proposer d’autre issue politique que la nasse.

Le procédé est devenu courant. Le 1er mai, en fin d’après-midi, comme après d’autres manifestations chaotiques, le gouvernement a monté en épingle un incident qui, cette fois, s’est assez vite dégonflé. La ficelle était trop grosse. Car contrairement aux affirmations du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, il n’y a eu aucune « attaque » de blacks blocs contre l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Pas même d’« intrusion violente », comme il le soutient encore après avoir accepté de revenir sur sa première déclaration. Cette fable n’en a pas moins été complaisamment colportée vingt-quatre heures durant par la plupart des télés et des radios, et commentée sans distance par nombre de figures politiques de Jordan Bardella à Yannick Jadot, toutes indignées qu’un hôpital ait été pris pour cible. La fausse information castanérienne, validée par le Premier ministre, illustre de façon emblématique les méthodes de l’exécutif face à un mouvement social qu’il est incapable d’endiguer depuis six mois. Et présente toutes les caractéristiques d’un mensonge destiné à effacer l’effroyable gestion du maintien de l’ordre ce jour-là dans la capitale.

Comme chaque samedi, depuis les dégradations survenues sur les Champs-Élysées le 16 mars, la préfecture de police de Paris avait interdit pour ce 1er mai tout rassemblement sur la célèbre avenue, ses abords et la place de l’Étoile, ainsi que dans un périmètre incluant le palais de l’Élysée et l’Assemblée nationale, fermé un grand nombre de stations de métro et multiplié dans toute la capitale les « contrôles préventifs » autorisés par la toute nouvelle « loi anti-casseurs ». La veille, lors d’une conférence de presse, Christophe Castaner avait exagérément dramatisé l’enjeu de ce rendez-vous syndical en annonçant la présence de « 1 000 à 2 000 activistes radicaux », les black blocs, tentés « de semer le désordre et la violence » qui, à le croire, allaient être rejoints par plusieurs milliers d’« ultra-jaunes ». De quoi justifier un important déploiement de forces de police chargées de mettre en œuvre la nouvelle « doctrine de percussion immédiate » du préfet de police de Paris, Didier Lallement.© Politis

Le 1er mai, les black blocs étaient bien moins nombreux qu’annoncés, mais cela n’a pas dissuadé les différentes unités de police présentes de « percuter » à plusieurs reprises les manifestants pacifiques. Prenant prétexte de quelques accrochages en aval du cortège syndical en train de se constituer, les forces de l’ordre y ont fait de multiples incursions dès 13 heures, soit une heure et demie avant le départ de la manifestation, chargeant sans discernement sur les trottoirs et entre les camionnettes de la CGT, de FO, de Solidaires ou de la FSU, sous une pluie de grenades lacrymogènes, faisant de nombreux blessés et créant des mouvements de panique parmi les manifestants. Incommodé, comme de nombreux manifestants, le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez a dû temporairement quitter les lieux et renoncer au point de presse prévu. Par la suite, alors que les manifestants tentaient de rejoindre la place d’Italie sur un parcours dont toutes les rues adjacentes étaient bouclées, les forces de l’ordre n’ont eu de cesse de tronçonner le cortège, chargeant même sans raison le service d’ordre de la CGT, transformant cette manifestation déclarée et autorisée « en cauchemar traumatisant ».

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