Éco-socialisme versus populisme

Contredisant la thèse populiste, la centralité de la question sociale et l’urgence climatique rendent pertinente la hiérarchisation des luttes autour d’une stratégie écolo-socialiste.

Liêm Hoang-Ngoc  • 5 juin 2019
Partager :
Éco-socialisme versus populisme
© crédit photo : ULYSSE GUTTMANN-FAURE / HANS LUCAS

Inspirée des travaux de Chantal Mouffe, la stratégie populiste repose sur la coagulation de demandes sociales hétérogènes, parfois contradictoires, fédérée par la parole d’un tribun. La question sociale cohabite à égalité avec des revendications sociétales, environnementales, souverainistes, communautaristes ou encore animalistes. La stratégie populiste autorise la personne dépositaire de la fonction tribunicienne à tenir un discours cherchant à capter tous les mécontentements. Elle lui permet de s’adonner à l’art de cultiver l’ambiguïté, au risque d’y perdre l’électeur et de placer son mouvement dans des postures inconfortables. L’hypothèse populiste suscite même chez certains la tentation d’une alliance des souverainistes des deux rives, à l’instar de l’expérience italienne. Le succès de cette ligne est toutefois improbable en France, où un mur peu poreux sépare les populistes des deux bords. Le populisme de droite tend désormais à aspirer les droites légitimiste et bonapartiste pour former une alternative ultra-conservatrice au macronisme.

Contredisant la thèse populiste, la centralité de la question sociale et l’urgence climatique rendent pertinente la hiérarchisation des luttes autour d’une stratégie écolo-socialiste. L’écologie n’est pas soluble dans le capitalisme. Pour Marx, elle est consubstantielle du dépassement de ce mode de production, en vue de réconcilier l’homme avec la nature, qu’il a notoirement maltraitée dans le cadre des rapports de production capitalistes. Socialisme et écologie se sont opposés, au temps de la planification soviétique, soucieuse de rattraper les taux de croissance des économies capitalistes mues par les énergies fossiles et d’accéder à la dissuasion nucléaire. Socialisme et écologie sont appelés à se réconcilier pour sortir du nucléaire, organiser la décroissance des dépenses inutiles et la croissance des dépenses utiles. Le socialisme pose, par essence, le problème du contrôle des moyens de production, notamment dans les secteurs stratégiques vitaux pour la transition écologique de l’énergie et des transports. Mettant à la disposition de tous des biens non polluants dont il a planifié la production, il rompt avec l’approche punitive de l’écologie. Organisant la redistribution des richesses en faveur des salariés, seuls créateurs de valeurs, il ne fait pas reposer les efforts de la transition sur les classes laborieuses.

La stratégie éco-socialiste ne saurait être incarnée par le retour d’une union de la gauche plurielle, désavouée. Contrairement à l’explication de Mouffe, la gauche ne s’est pas effondrée pour être restée focalisée sur la question sociale au détriment des questions sociétales ! Elle s’est discréditée pour l’avoir précisément négligée, tout comme elle a bradé le capital des entreprises stratégiques et enterré la planification à la française. Sans surprise, lors de la présidentielle de 2017, le candidat ayant présenté un programme éco-socialiste, cohérent et chiffré, a réalisé ses scores sur les terres de gauche traditionnelles. Aujourd’hui éparpillés, les partisans de l’éco-socialisme doivent se reparler, en attendant de bâtir une maison commune, spacieuse, démocratique et fraternelle.

Politique
Temps de lecture : 3 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

À Évry, les socialistes se déchirent sur l’alliance avec l’insoumise Farida Amrani
Municipales 11 février 2026 abonné·es

À Évry, les socialistes se déchirent sur l’alliance avec l’insoumise Farida Amrani

Les socialistes locaux ont décidé de soutenir la députée et candidate à Évry-Courcouronnes. La direction nationale du parti et la fédération de l’Essonne contestent cette prise de position et accusent le responsable socialiste de la section locale de ne pas respecter les statuts de sa propre formation.
Par Lucas Sarafian
Municipales : ces villes qui précarisent les mères isolées
Décryptage 9 février 2026 abonné·es

Municipales : ces villes qui précarisent les mères isolées

À l’approche des élections municipales, le collectif des Mères Déters a soumis aux candidats un pacte visant l’amélioration du quotidien des familles monoparentales. S’appuyant sur leur étude parue en 2025, les militantes dénoncent un impensé des politiques municipales et des situations hétérogènes selon les communes.
Par Alix Garcia
Clémence Guetté : « La sortie de l’Otan est nécessaire »
Entretien 9 février 2026 abonné·es

Clémence Guetté : « La sortie de l’Otan est nécessaire »

La vice-présidente insoumise de l’Assemblée nationale défend la nécessité d’une sortie de l’Otan, attaque la politique diplomatique d’Emmanuel Macron et souhaite que la France réinvestisse les organisations internationales.
Par Lucas Sarafian
Au procès en appel du FN-RN, le parquet dénonce « un discrédit de l’action judiciaire »
Justice 4 février 2026 abonné·es

Au procès en appel du FN-RN, le parquet dénonce « un discrédit de l’action judiciaire »

Au terme de plusieurs heures de réquisitions, le parquet général a demandé à la cour d’appel de confirmer l’essentiel des condamnations prononcées en première instance dans l’affaire des assistants parlementaires du parti lepéniste. Les magistrats ont également longuement dénoncé une stratégie politique visant à dénigrer l’institution judiciaire.
Par Maxime Sirvins