Un pacte pour concilier urgence écologique et sociale

« Moins de bla bla, plus d’action. » Une quarantaine de syndicats et d'associations proposent au gouvernement un « pacte du pouvoir de vivre » pour concilier urgence sociale et écologique.

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Après avoir dragué l’électorat de droite, Emmanuel Macron semble faire les yeux doux à la gauche. À l’écoute du discours de politique générale d’Édouard Philippe le 12 juin, certains ont fortement senti l’appel du pied, mais en veulent plus. « Moins de bla bla, plus d’action », ainsi pourrait se résumer la réponse donnée le 18 juin par les signataires du « pacte du pouvoir de vivre » : 43 organisations, parmi lesquelles la CFDT, la fondation Nicolas-Hulot, la fondation Abbé-Pierre ou encore la Cimade, ont imaginé 66 propositions pour faire front à l’urgence sociale et écologique. Pour moins ressembler à un « acte 1.01 », huit chantiers auraient dû apparaître dans le lancement de « l’acte 2 » du quinquennat selon ces syndicats et associations.

À l’origine, l’alliance ne regroupait « que » 19 organisations. Leur appel avait été lancé en mars dernier, en plein mouvement des gilets jaunes. Trois mois après, elles tirent des leçons de leurs premiers travaux de groupe, dans les locaux parisiens de la fondation Abbé-Pierre. « Il faut écouter tant la clameur de la terre que la clameur des pauvres », récite Véronique Fayet, présidente du Secours catholique, avant d’éclairer un sourire en coin : « C’est du pape François. Vous m’excuserez la référence. »

« Les signaux sont mauvais »

Dans leur feuille de route, trois leviers : l’investissement, la fiscalité et la norme. « Sur ces trois outils, les signaux sont mauvais », juge Samuel Leré, responsable environnement et mondialisation de la fondation Nicolas-Hulot. Sans investissement public, pas de transition possible selon lui. Le respect de la sacro-sainte règle des 3 % de déficit budgétaire européen autorisés rendrait tout objectif climatique inatteignable. De même, les réticences à augmenter les taxes et à produire des normes contraignantes propres au gouvernement mèneraient à l’impasse selon les signataires du pacte.

« À l’horizon 2021, nous devons interdire à la location les logements classés énergétiquement F et G », lance Christophe Robert, délégué général de la fondation Abbé-Pierre. Une interdiction déjà traitée par les députés de la commission développement durable, mais pour 2028. Nicolas Hulot, alors ministre, avait relancé en avril 2018 les promesses faites sous le quinquennat de Hollande de rénover 500 000 « passoires énergétiques » par année. Le délégué général préconise l’inscription de cette restriction au « décret décence », au même titre que la location des logements en-dessous de 9 m².

Mesures d’urgence

Autre proposition, faire des 10 % les plus pauvres de la population un mètre-étalon. Claire Hédon d’ATD Quart monde précise : « Chaque loi devrait donner lieu à une étude d’impact sur les populations les plus démunies. Les mesures environnementales futures ne doivent pas se retourner contre eux. » Cette proposition illustre bien le mantra de cette nouvelle alliance, résumée par la présidente du Secours catholique : « Décloisonner les approches, sortir de son pré carré et mettre fin au fonctionnement en silo des politiques publiques. »

D’autres mesures d’urgence ont été défendues. Revaloriser les minimas sociaux et pallier au non-recours au droit par une meilleure détection des candidats potentiels voire par l’automatisation des versements. Le sort des migrants en France n’a pas été oublié. « Le pouvoir doit utiliser l’article 17-1 du règlement de Dublin », propose Christophe Deltombe, président de la Cimade. Par cet article, l’État pourrait renoncer à transférer les « dublinés », migrants enregistrés dans le pays d’arrivée dans l’Union européenne, comme l’Italie, la Grèce ou l’Espagne. « Nous devons laisser une chance aux migrants de déposer leur demande d’asile en France. Parallèlement, il faut renforcer les effectifs en préfecture pour traiter ces dossiers », explique le président de l’association.

L’alliance se donne jusqu’à la fin de l’été pour détailler chacune des 66 propositions du pacte, dans l’espoir d’infléchir le prochain projet de loi de finances. Les organisations ont également les municipales en tête, et souhaitent proposer des « pactes territoriaux » à destination des candidats. « Aucun décideur ne doit se demander ce qu’il faut faire ou comment agir », déclare plein d’aplomb Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, avant de conclure : « Notre initiative n’est pas un coup de communication éphémère. » Mais que penser des clins d’œil d’Édouard Philippe, entremetteur en chef d’un acte 2 qui sent tout sauf la romance ?


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