Avignon in : De beaux tumultes

Une manifestation au lyrisme volontiers politique, qui sait conjuguer l’esthétisme et les angoisses de la société moderne.

Définissant le 73e Festival d’Avignon, ­Olivier Py a proclamé son ambition de « désarmer les solitudes ». Joli slogan qui permet de programmer les œuvres les plus diverses, depuis le théâtre de générosité sociale jusqu’à la comédie réconfortante. Il n’en est pas moins vrai que les malheurs, les soubresauts, les révoltes et les victoires du monde actuel dominent la manifestation.

En dehors de Nous, l’Europe, banquet des peuples, de Laurent Gaudé et Roland Auzet, le principal spectacle ayant amplifié l’attention donnée aux damnés de la terre est O Agora que demora, le présent qui déborde, de Christiane Jatahy. Cette jeune metteuse en scène d’origine brésilienne est l’auteure de spectacles remuants et discutés qui cherchent à changer le rapport avec le spectateur et, ­souvent, à donner d’une histoire une vision double ou ­stéréoscopique. Cette fois, ce n’est presque plus du théâtre, quasi uniquement de l’image cinématographique.

O Agora que demora part de L’Odyssée. Le texte d’Homère est l’un des fils conducteurs du festival, et il a bon dos. On lui attribue une modernité inépuisable. Les migrants, c’est chez Homère. L’écologie, c’est chez Homère. Jatahy va jusqu’à trouver que le village amazonien où elle s’est rendue pour tourner une partie de son film est l’exact équivalent moderne d’Ithaque, l’île d’Ulysse. Cette pensée est approximative, mais, si elle suscite de belles inventions artistiques, tant mieux. C’est le cas ici, où les interviews filmées au Brésil, mais aussi et surtout en Syrie, en Israël, au Liban, en Irak, sont des documents saisissants. Et le théâtre, qui peut sembler absent tant l’écran qui occupe la scène est immense, revient par d’autres moyens. Des acteurs sont mêlés au public, se mettent à parler par moments et invitent les spectateurs à danser quand, sur l’écran, les habitants des bidonvilles et des villes cassées par les bombes sont représentés portés par leurs musiques. Étonnant spectacle d’un public avignonnais qui danse un moment dans les travées et les escaliers de la salle. À la fin, Christiane Jatahy demande aux spectateurs de faire le bruit de la pluie en tapotant sur leur bras. Cette magicienne lyrique a plus d’un tour politique et artistique dans son sac.

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