Proust : Un Goncourt inattendu

Thierry Laget relate la bataille littéraire épique qui verra Proust récompensé en 1919 face à Dorgelès et son récit des tranchées.

L’auteur n’hésite pas à parler d’« émeute ». Comment imaginer qu’au lendemain de la boucherie des tranchées, qui dura quatre longues années, et surtout dans le délire nationaliste de 1919, dont le slogan principal est « l’Allemagne paiera ! », le prix Goncourt irait à un romancier réformé (donc n’ayant pas combattu), juif, homosexuel, fort riche, déjà âgé, qui raconte (entre autres) les salons à la mode de la Belle Époque avant-guerre ? En face, durant des mois, le favori des jurés a été Roland Dorgelès, l’auteur des Croix de bois, journaliste (plaisant donc à la presse) et ancien poilu, auteur d’un énième « roman de guerre » aux accents forcément patriotiques, comme la France en produit des centaines dans cet immédiat après-guerre.

Deux camps s’affrontent donc férocement, qui, au-delà des affinités et amitiés littéraires dans un milieu encore plus restreint qu’aujourd’hui, deviennent bientôt politiques. Avec des surprises par rapport à nos clivages contemporains. En effet, la droite va soutenir Proust, emmenée par Léon Daudet, certes ami d’enfance de celui-ci mais surtout antisémite et antidreyfusard virulent, nationaliste et antigermanique viscéral.

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