L’autre monde uni contre le G7

Pendant cinq jours, des dizaines d’organisations ont représenté l’opposition au modèle capitaliste incarné par le sommet des dirigeants à Biarritz. Pacifisme, détermination, mais aussi débats parfois vifs et échanges ont nourri la réflexion et les luttes à venir.

E htik bestelako mundu bat sortzen ». « Non au G7, pour un autre monde ». « No al G7, construyendo otro mundo desde EH ». Le basque, le français et l’espagnol. Pendant les six jours du contre-G7, trois langues se sont côtoyées pour porter le même message vital de résistance à la « mascarade » du sommet de Biarritz. La cité impériale s’est figée au rythme du vrombissement incessant des hélicoptères et des sirènes de police. La grande plage mythique est devenue un désert, le bleu de l’océan a cédé la place au bleu des gyrophares, et impossible de faire un pas sans se retrouver face aux forces de l’ordre quadrillant chaque entrée dans la « zone 2 de protection » – sans parler de la « zone 1 de sécurité renforcée », autour du luxueux Hôtel du Palais et du casino. Un bunker balnéaire devenue une vitrine à ne surtout pas briser pour qu’Emmanuel Macron accueille les dirigeants d’Allemagne, des États-Unis, du Canada, du Royaume-Uni, de l’Italie et du Japon, et qu’ils discutent des tracas du monde. « Dès que nous avons su que le Pays basque avait été choisi pour ce sommet, nous avons demandé son annulation, car il est inacceptable que ces sept dirigeants décident pour 99 % de la population, s’indigne Eñaut Aramendi, du syndicat basque LAB, et organisateur du contre-sommet. Ce G7, qui se déroule dans un État autoritaire est illégitime, et hors-sol pour parler des injustices et des inégalités ! » Emmanuel Macron avait instauré la lutte contre les inégalités comme thème principal de ce grand raout. Vaste programme qui n’a abouti qu’à de vagues promesses.

À trente kilomètres des apparats, la même pression policière étreint la ville d’Hendaye et ses environs afin d’étouffer dans l’œuf toute tentative de débordement des milliers de militants réunis au contre-G7. Pour assouvir la soif de réflexion et d’échanges des militants qui ont fait le déplacement, plus de cent conférences et ateliers ont eu lieu autour des sept thèmes majeurs de l’altermondialisme : la sortie du capitalisme, l’écologie, la fin du patriarcat et de l’autoritarisme, la solidarité entre les peuples, un monde décolonial sans discriminations et l’abolition des frontières. Galvanisant.

Les artisans de ce contre-sommet voulu pacifique viennent des deux côtés de la frontière franco-espagnole. La plateforme basque G7 EZ ! (« G7 Non ! » en français) est née la première, dès juin 2018, et a réuni une cinquantaines d’associations, de syndicats et de partis politiques. Dans la foulée, Attac France et le Centre de recherche et d’information pour le développement (Crid) ont lancé un appel commun pour mobiliser dans l’Hexagone, et créé la plateforme Alternatives G7. Les premières rencontres ont eu lieu au printemps, ne laissant que quelques mois pour trouver la bonne harmonie entre toutes les organisations nécessaire au succès de ce contre-sommet. « C’était une réussite avant même qu’il commence : faire travailler des dizaines d’organisations avec des cultures, des histoires différentes, des modes d’actions différents n’était pas évident, mais nous avons vraiment construit quelque chose d’important », affirme Eñaut Aramendi. En effet, la vraie prouesse de ce contre-sommet est la force des liens tissés avec les Basques. « Nous étions d’accord pour ne pas être seulement dans la contestation politique pure, mais plutôt montrer que nous sommes porteurs d’alternatives concrètes au système », précise Sébastien Bailleul, l’un des porte-parole de la plateforme Alternatives G7 et délégué général du Crid.

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