La jeunesse basque, ferment de luttes

Huit ans après l’abandon de la lutte armée par ETA, une nouvelle génération de militants de gauche a pris la relève, très active politiquement et culturellement.

Dans la cour d’une école d’Hendaye, en surplomb du petit port de Caneta, Unai Arkauz s’agite. Un collier de barbe et une casquette encadrent le visage imperturbable de ce militant chevronné. Il a participé à la fondation d’Aitzina – organisation des jeunes abertzale (« patriote » en basque) de gauche du Pays basque Nord. Le regard impassible mais alerte, il marche à vive allure sans jamais s’arrêter. « Y a-t-il un traducteur français-basque pour un atelier ? » « Et le journaliste avec sa caméra, là, il a une accréditation ? » Entre deux problèmes à régler, l’indépendantiste se pose pour griller une cigarette. « Le G7 est un tsunami, il faut surfer dessus », lance-t-il avec un sourire en coin, les yeux abrités par son couvre-chef qu’il ne quitte jamais. Le jeune homme de 25 ans s’enthousiasme : « Le contre-sommet a été l’occasion de rassembler la jeunesse basque en lutte, de trouver un second souffle. » Ce souffle a un nom, il flotte à la gauche d’Unai sur une bannière en lettres rouges, « Gazte Gunea », l’espace des jeunes, la relève, le sel du pays.

« Certains parmi nous ne parlent pas euskara, cet espace veut rassembler largement. Il dépasse les structures partisanes, mais nous partageons l’indépendantisme, le féminisme et le socialisme », explique le Basque à la bonne carrure, T-shirt « Justice pour Adama » sur les épaules. Le membre d’Aitzina met un terme à sa pause, il doit se rendre à une conférence. Deux enfants de détenus vont parler de leur vécu. Les preso (prisonniers politiques) constituent un dénominateur commun pour cette jeune génération. Aucun d’eux n’a connu l’intensité du conflit armé engagé par ETA (1), groupe armé indépendantiste d’inspiration marxiste, contre la France et l’Espagne, mais tous portent sur leurs épaules soixante années de lutte. Sous le préau de l’école, une carte montre l’éparpillement des détenus, mais également l’éloignement de leur pays et de leur famille. Actuellement, 250 militants et militantes sont enfermés dans 52 prisons. Cette question concerne Unai. Leur père, à lui et à son frère jumeau, est incarcéré depuis leur naissance.

Une quarantaine de personnes viennent écouter les « enfants sac-à-dos ». L’expression désigne les filles et les fils de preso, les voyages sur de longues distances, la charge émotionnelle, le fardeau à porter. « J’ai toujours connu la prison. Ma mère et mon père, membres d’ETA, ont été enfermés dès mon plus jeune âge, commence calmement un garçon aux cheveux blonds. Quand mes camarades s’amusaient le weekend, moi je me préparais à rendre visite à mes parents. Je n’ai jamais ressenti de honte, mais je savais que j’étais différent. » Aitzol Gil de San Vincente a 16 ans et de son regard se dégage en effet une candeur révolue, inhabituelle dans les yeux d’un adolescent. « J’en suis convaincu, notre génération les libérera », affirme Unai Arkauz une fois la conférence terminée. Une détermination partagée par Aitzol, conscient d’incarner la relève. « La jeunesse a toujours constitué une force révolutionnaire très importante au Pays basque. C’est notre heure », avance le blond à la mâchoire volontaire.

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