« Vif-argent » : Le réel et son double

Stéphane Batut réalise avec Vif-argent un magnifique film lyrique et romantique, où la frontière entre vivants et défunts peut être abolie.

Aux commencements du cinéma, il y a des apparitions, que le public d’alors, celui de L’Arrivée d’un train en gare de La Ciotat (1895), a considérées comme bien réelles au point d’en avoir peur. Sur ces grands écrans qu’on regardait les yeux écarquillés, les morts se sont aussi remis à bouger. Dans son essence même, le cinéma a partie liée avec le réel et son double, avec le tangible et la fantasmagorie.

Pour son premier long-métrage de fiction, Stéphane Batut célèbre ces noces magiques, et de quelle manière ! Vif-argent recèle la grâce des premières fois. Si le cinéaste avait tout ou presque (1) à découvrir, s’ajoute le parfum des « comme si » : comme si le film réinventait le cinéma sous nos yeux, comme s’il nous permettait de renouer avec une certaine candeur de spectateur. Une merveille.

Point d’ancrage de l’action de Vif-argent : le parc des Buttes-Chaumont, à Paris. Un lieu tantôt gothique, tantôt familier, parfait pour y faire naître (et y clore) une histoire de revenants. D’un seul revenant, Juste (Thimotée Robart), « un prénom qu’on n’oublie pas ». En fait, mort récemment, le jeune homme n’est pas encore tout à fait parti, on lui accorde un sursis, charge à lui de réaliser un travail, celui d’emmener les défunts vers le lieu où ils doivent définitivement séjourner.

Avant d’être perturbé par un événement capital – une histoire d’amour –, Juste accomplit sérieusement sa tâche. Cela donne lieu à des rencontres entre deux « êtres » que plus personne ne voit. Chaque nouveau défunt lui livre une histoire ayant marqué sa vie. Le pouvoir d’ubiquité de Juste les transporte là où elle s’est passée. Mais que voit-on et où est-on exactement ? En « réalité », dans la tête du jeune homme, qui, par sa puissance d’imagination, se projette des images mentales. Autrement dit, il se fait un film…

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