Converger malgré le chaos policier

Loin d’être une fête gâchée, la Marche pour le climat du 21 septembre, à Paris, a donné lieu à un rapprochement concret et sincère entre mouvement vert et gilets jaunes. Sans s’exempter de débat.

Gâchis ou réussite ? Divisions ou jonction ? Tout dans la séquence répressive observée dans les rues de la capitale ce samedi 21 septembre à l’occasion de la marche climat aurait pu justifier un bilan pessimiste : un rassemblement entre militants écologistes et gilets jaunes rendu impossible par la préfecture, et un dispositif policier pour y veiller ; la présence du black bloc en tête de cortège de la manifestation – saluée, tolérée ou critiquée –, et la réplique aveugle des forces de l’ordre pour le disperser. Si les dissonances persistent sur la pluralité des modes d’action, l’assurance d’avoir installé le futur rapport de force s’affirme, au singulier lui. « Fin du monde, fin du mois, même combat », ne résonne plus comme un simple slogan.

La journée commençait pourtant mal. Le 21 septembre, un peu après 9 heures, les rues du quartier de La Madeleine offrent un spectacle particulier. De petits groupes épars semblent échoués le long des trottoirs. Tous se cherchent du regard et tentent de se reconnaître. Quelques minutes plus tôt, ils étaient près de 300 personnes à avoir répondu à l’appel « pour la justice sociale et climatique » d’Attac et de l’Union syndicale Solidaires. La veille, la préfecture de police a interdit le rassemblement. Malgré une demande d’annulation devant la justice administrative en référé liberté, le juge a maintenu l’interdiction. Chemise impeccable et petite mallette à la main, deux hommes observent avec méfiance le cadrillage policier. « Nous n’avons pas sorti le gilet aujourd’hui et nous sommes arrivés en taxi pour éviter les contrôles », explique l’un d’eux, venu avec son acolyte de la périphérie parisienne. À chaque carrefour, les forces de l’ordre vérifient les cartes d’identité et fouillent attentivement les sacs. Certains policiers demandent même à retirer les chaussures pour en vérifier le contenu.

Difficile d’y échapper, des unités mobiles se projettent de part et d’autre de la rue pour bloquer quiconque paraît suspect. « C’est efficace », peste un gilet jaune, corrigé immédiatement par un autre : « C’est surtout attentatoire à nos libertés. » Quand un groupe de manifestants en croise un autre, les mêmes phrases reviennent : « Vous y étiez ? » ; « Un petit cortège s’est dirigé vers Saint-Lazare mais a été gazé et dispersé immédiatement » ; ou encore « On fait quoi maintenant ? » Une jeune militante d’Extinction Rebellion au regard déterminé tranche : « Il faut rejoindre les Champs-Élysées. » Même situation sur la grande avenue. Certains commencent à se démoraliser, avant d’entendre une clameur. Quelques centaines de gilets jaunes ont réussi à imposer leur présence malgré l’interdiction. Rapidement, les gendarmes mobiles les séparent, les unités très mobiles de la BRAVM (brigade de répression de l’action violente motorisée) les repoussent dans les rues adjacentes à grand renfort de grenades lacrymogènes.

Lassés de ce jeu du chat et de la souris, nombre d’entre eux rejoignent la marche climat, seul repli autorisé pour converger. À 13 heures, à quelques pas du Sénat, la place Edmond-Rostand se remplit. D’un côté, les gilets jaunes s’échauffent et donnent de la voix, ragaillardis par l’afflux croissant de personnes et l’absence de policiers. De l’autre, le mouvement vert s’organise et donne une note carnavalesque au rassemblement. Ici une abeille géante, là une effigie d’un Macron monarque couronné par le slogan « Roi du blabla ». Le folklore des « jaunes » se heurte parfois aux traditions des « verts », quand les organisateurs entament des tours de parole. Le chant « on est là », ou encore les cris guerriers tendent à recouvrir les discours, sans toutefois les perturber. « Bon, on y va ? », tente un jeune homme, visiblement impatient. Le mot passe entre gilets : il faut prendre la tête du cortège, malgré les appels au micro à la réserver aux mouvements citoyens.

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