Navi Pillay, une vie de justice

Du Rwanda à la Syrie, l’avocate sud-africaine secoue depuis vingt-cinq ans les hautes sphères internationales. Rencontre avec une enfant de l’apartheid.

Lena Bjurström (collectif Focus)  • 18 septembre 2019 abonné·es
Navi Pillay, une vie de justice
© photo : Navi Pillay lors d’une conférence de presse du Haut-Commissariat aux droits humains sur la Syrie, le 2 décembre 2013, à Genève.crédit : FABRICE COFFRINI/AFP

Navanethem Pillay est une femme pressée. À 77 ans, le quotidien de cette juriste internationale est à l’image de sa carrière, sans répit. De Bruxelles à Miami, Genève ou Kuala Lumpur, elle enchaîne conférences à l’université et réunions d’ONG. « Quand j’ai pris ma retraite il y a cinq ans, j’ai d’abord pensé que je ne ferais plus rien », s’amuse-t-elle. Mais il lui était, semble-t-il, impossible de cesser de dénoncer les discriminations contre lesquelles elle a lutté toute sa vie. Des « cours d’injustice » de l’Afrique du Sud ségrégationniste aux couloirs feutrés de la diplomatie internationale, l’avocate des opprimés et juge des puissants raconte sa carrière sans fioritures ni fausse modestie. La parole sèche, précise, un rien ironique. La fierté de ceux qui mesurent le chemin parcouru.

Née en 1941 dans une famille modeste d’origine tamoule, Navanethem – dite Navi – Pillay grandit dans un quartier pauvre de Durban, en Afrique du Sud. Fille, de couleur, pauvre, elle comprend très vite ce que signifie être en bas de l’échelle sociale. « J’ai vu mes parents batailler pour nous faire vivre. J’ai vu les adultes autour de moi humiliés à cause de leur couleur de peau, leur statut social. Tout cela m’a poussée à apprendre et à défendre nos droits. » À l’âge où la plupart des filles indiennes de son entourage sont mariées par leur famille, Navi Pillay poursuit sa scolarité avec le soutien de ses parents. Et quand la gamine, brillante, s’apprête à renoncer à l’université faute de moyens, le directeur de son école fait le tour du quartier pour rassembler les fonds nécessaires aux études de « celle qui peut devenir quelqu’un ».

En 1967, la jeune diplômée est la première femme

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