Quelques éléments de contexte

Henri Peña-Ruiz ignore-t-il vraiment que le « droit d’être islamophobe » n’est aucunement menacé ?

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Le philosophe Henri Peña-Ruiz a donc fait, le 23 août dernier, dans le cours de son intervention à l’université d’été de La France insoumise (LFI), cette déclaration : « On a le droit d’être islamophobe. »

Et comme d’aucun·e·s, parmi celles et ceux – il en reste encore quelques-un·e·s – qui ne font pas semblant de ne pas savoir que l’islamophobie est une « hostilité envers l’islam et les musulmans (1) », lui faisaient grief de cette saillie, il s’est mis à protester, comme font souvent les penseurs qui depuis vingt ans déversent des tombereaux d’aigreurs sur la religion mahométane (et, partant, sur ses adeptes), qu’on lui intentait un mauvais procès et qu’il fallait bien sûr remettre sa phrase « dans son contexte ».

Aussitôt, ses ami·e·s insoumis·es (qui envisagent donc très tranquillement la possibilité qu’un « débat » ait lieu autour de ces propos), ont psalmodié, en canon et en chœur, que, « si débat il doit y avoir, il ne peut se faire à partir d’une citation tronquée » et qu’il fallait donc effectivement tenir compte du « contexte » dans lequel s’inscrivait la proclamation d’Henri Peña-Ruiz.

Et, bien sûr, ces gens ont parfaitement raison. En effet, il faut absolument réinsérer l’assertion selon laquelle « on a le droit d’être islamophobe » dans un cadre beaucoup plus large que celui de ces sept tout petits mots tout étriqués, tout minables, tout misérables.

Puis il faut rappeler, absolument, que le contexte dans lequel un philosophe « insoumis (2) » a formulé cette affirmation est celui, par exemple, depuis deux décennies (3), d’une stigmatisation permanente de l’islam et de ses pratiquant·e·s par la presse et les médias. Et que cette fustigation obsessionnelle est même devenue, dans l’espace de ces vingt années, une discipline journalistique à part entière : c’est ce qu’annonçait feu Claude Imbert, alors directeur de l’hebdomadaire Le Point, lorsqu’il se faisait une gloire, en 2003 déjà, de rodomonter (4) qu’il était « un peu islamophobe », et qu’il en avait « le droit ».

Puis, enfin, il faut se demander si Peña-Ruiz ignore vraiment que le prétendu « droit d’être islamophobe » qu’il défend aujourd’hui n’est aucunement menacé – tant s’en faut –, puisqu’il s’agit au contraire de l’un (et non du moindre) des stratagèmes dont usent et abusent, depuis qu’Imbert avait donné le signal d’un débondement général, les publicistes éhonté·e·s qui entretiennent dans l’opinion une défiance permanente à l’égard des musulman·e·s.

Se demander en somme, et pour le dire autrement, si réellement ce philosophe n’a pas conscience que, en fait d’insoumission, il est pleinement inscrit, là, très, très, très loin de toute hardiesse, dans l’un des plus sinistres consensus de l’époque.


(1) Selon la définition du Larousse.

(2) C’est lui qui, dans Le Monde daté du 1er septembre, se définit comme tel.

(3) Et au prétexte de la levée de « tabous » qui n’ont jamais existé que dans l’imagination des tristes individus qui prétendent ainsi les briser.

(4) Ne cherche pas : celui-là n’est pas dans ton dico.


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