Une rentrée en trompe-l’œil

Revalorisations pour les enseignants, plan violence, écologie et handicap : Jean-Michel Blanquer joue l’apaisement mais continue d’imposer ses réformes libérales au pas de charge.

Jean-Michel Blanquer est rusé. Après le test raté de la « confiance » à la rentrée 2018, le ministre de l’Éducation a placé la rentrée 2019 sous le signe des « ressources humaines ». Objectif : calmer la colère des enseignants qui a jalonné la précédente année scolaire pour culminer en grèves de la surveillance et de la correction du bac en juin. Nombreux sont partis en vacances avec un nœud dans le ventre que seule, ou presque, la perspective de mobilisations à la rentrée promettait de dénouer. Jean-Michel Blanquer tente donc une autre approche : aucun recul sur les réformes (celle du bac s’appliquera dès la rentrée pour les élèves entrant en première), mais des mesures qui ambitionnent de désamorcer la grogne selon la stratégie « vous perdez sur tel plan mais vous gagnez sur tel autre ». Il a notamment appelé à « tourner la page de la crise du bac ».

Arrive en tête la volonté du ministre de « revaloriser la profession », ce qui passe en premier lieu par une augmentation moyenne du salaire annuel de 300 euros (laquelle avait été négociée et validée sous le quinquennat Hollande) et le doublement de la prime de 1 000 euros pour tous les personnels en réseau d’éducation prioritaire renforcée (REP+), sauf les assistants d’éducation, ce qui doit concerner environ 4 % des enseignants. Arrivent ensuite des mesures portant sur la scolarisation des enfants handicapés, la prise en compte des enjeux climatiques et le plan violence attendu depuis un an. Reste à vérifier si chacune coïncide avec les attentes des enseignants et des parents. Celle concernant le plan violence promet par exemple des exclusions rapides des « éléments perturbateurs », avec placement en classe-relais sans l’accord des familles, ce qui peut à la fois soulager et inquiéter. Exit l’idée de poster des policiers dans les établissements (ils patrouilleront devant) et celle d’imposer des sanctions financières aux familles d’enfants violents. Mais le « protocole d’accompagnement et de responsabilisation des parents » prévu à partir de deux exclusions peut se révéler à double tranchant : quel type d’accompagnement ? Quelles « sanctions éducatives » ? Quelle stabilisation des équipes ? Combien de classes-relais effectives ?

Surtout, le ministre a insisté sur l’importance du dialogue social, ce qui en fait tousser plus d’un, ce dialogue étant rompu depuis des mois par… ses soins. « Durant l’année 2018, les professionnels de l’enseignement, mais aussi les associations de parents d’élèves et les mouvements étudiants ont dénoncé à plusieurs reprises l’absence de concertation touchant à de nombreux domaines de la scolarité », résume Philippe Champy dans son essai Vers une nouvelle guerre scolaire (voir ici). « “Ma porte est toujours ouverte”, disait le ministre, mais ça n’était pas vrai, précise Stéphane Crochet, secrétaire général du SE-Unsa. Nous l’avons peu vu lui-même, et son cabinet s’est montré peu à l’écoute. » Dès la mi-juillet, Jean-Michel Blanquer a lancé un cycle de rencontres avec les organisations syndicales. Prudence ou stratégie ? « C’est surtout la seule voie de passage désormais pour éviter de planter le système, commente Stéphane Crochet. Cela fait deux ans que nous l’alertons sur ce risque : les enseignants font tout pour que cela se passe bien pour leurs élèves, mais ils n’en peuvent plus… »

Il reste 69% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents